RÉACTEUR N°2 DU TRICASTIN : STOP OU ENCORE ? 

L’enquête publique sur la demande d’EDF de prolonger la durée de vie à 50 ans du réacteur n°2 aura lieu  du lundi 14 novembre au 16 décembre 2022, tous les habitants de la vallée du Rhône et d’ailleurs, sont appelés à donner leur avis. Et il est trés important que vous vous exprimiez. (infos pratiques pour accéder aux commissaires enquêteurs à la fin de ce texte).

Pourquoi une Enquête Publique ? 


Au-delà de la 35 iéme de année de fonctionnement d’un réacteur, les dispositions proposées par l'exploitant - pour remédier aux anomalies constatées ou pour améliorer la protection des intérêts mentionnés dans le code de l’environnement - lors des réexamens sont soumises, après enquête publique, à la procédure d'autorisation par l’ASN mentionnée à l'article L. 593-15 du code de l’environnement. 

   
La visite décennale des 40 ans du réacteur 2 de Tricastin  s’est déroulée du 5/02 au 26/07 de l’année 2021. Durant cette VD4 seulement une partie des améliorations de sureté a été déployée.
EDF ayant remis son rapport de conclusion de réexamen du réacteur à l’ASN, l’enquête publique doit permettre au public de se prononcer sur les conditions de la poursuite de son fonctionnement à l’issue du réexamen. 

Un important bémol cependant L’ASN demande à EDF de réaliser la majeure partie des améliorations de sûreté lors de la visite décennale de chaque réacteur, mais les autres améliorations devront être réalisées au plus tard 5 ans après la remise de ce rapport. Ce délai est porté à 6 ans pour les 7 réacteurs, dont la remise du rapport de conclusion du réexamen est antérieure à 2022 (Tricastin2 par exemple)

En clair cela veut dire qu’ EDF a  négocié des reports dans le cadre de la VD4. Les travaux de mise aux normes vont se dérouler en deux phases: 

-Une phase A au début de la visite décennale

- Une phase B qui s'étale sur 6 ans étant donné la quantité importante de modifications à réaliser et l’incapacité industrielle et économique d’EDF à les faire en une seule fois.

Compte tenu de la cascade des VD4 , de l'importance des travaux de maintenance sur les quatre réacteurs de la centrale et de la limite des moyens humains et financiers à mettre en oeuvre notamment au regard des problématiques de corrosion sous contrainte , il y a un risque de non atteinte des objectifs fixés par l'ASN en phase B avec un programme industriel aussi chargé. 

 Selon les calculs de la CRIIRAD, à l’issue de ces travaux, les réacteurs 900 MW auront tous dépassé 45 ans de fonctionnement !

 

Quelle importance pour EDF ? 

Dans le contexte de crise énergétique actuel et face au fiasco de l’EPR, EDF aiguillonnée par le gouvernement pousse à  la prolongation à 50 ans de tous ses vieux réacteurs de 900 MWh .


Mais un ingénieur de la centrale vient de lancer un pavé dans la mare en portant plainte contre EDF et la direction du site nucléaire  pour  « mise en danger de la vie d’autrui ». Le 12 novembre 2021, Le journal Le Monde * a dévoilé la plainte déposée par un ingénieur d’EDF au sujet d’une grave affaire de dissimulation d’incidents et d’écarts en matière de sureté et d’intimidation pour l’empêcher d’en faire état. 

Ce lanceur d’alerte nous apprend que tout a été fait pour donner la meilleure image possible de la centrale avant la visite décennale des 40 ans, quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sureté. Le procès aura lieu à Marseille dans les mois à venir.Une perquisition à eu lieu à la centrale et au siége de l’ASN de Lyon fin octobre…

Quelle importance pour les habitants de la vallée du Rhône, et d’ailleurs ? 

En cas d’incident grave ou d’accident au Tricastin, toute la région serait évacuée, nos maisons, nos jardins, nos commerces, nos champs et nos vignes contaminés.
La vallée du Rhône serait sinistrée et l’axe Paris Lyon Marseille coupé sans retour à la normale possible comme l’ont montré Tchernobyl et Fukushima. 

Or de notre point de vue la prolongation de ce vieux réacteur n’est pas souhaitable car des barres combustibles sont restées bloquées au dessus de la cuve du réacteur pendant leur remplacement  à plusieurs reprises avant leur transfert dans la piscine des combustibles usés.

Selon la CRIIRAD Il s’agit d’un incident très rare au niveau mondial. Il s’est pourtant produit trois fois  sur le réacteur  2 du site du Tricastin en 2008, 2009 et 2019 : “Ce genre de situation est dangereuse dans la mesure où débloquer l'élément combustible peut se révéler très délicat. Lors du premier incident, le personnel  de la centrale a dû réaliser cette intervention dans des conditions de danger élevées, dans la crainte que l'assemblage coincé ne chute intempestivement, ce qui pourrait s'avérer gravissime.” 

            Schéma ASN 2008

En effet si une barre de combustible tombait et se fracassait  au fond de la cuve  en libérant les pastilles d’oxyde d’uranium, il y aurait un risque de  début de réaction en chaîne dans le réacteur. Des gazs radioactifs pourraient se relâcher dans l'eau de la cuve, voire dans l'atmosphère du réacteur. Et dans la pire hypothèse, des gazs radioactifs pourraient filtrer à l'extérieur car l'enceinte de confinement en béton  du réacteur numéro 2 n'est plus parfaitement étanche après 40 années d’usage .

 La succession de ce type incidents en un laps de temps aussi court, souligne immanquablement un dysfonctionnement et remet en cause la capacité D’EDF d’effectuer une maintenance correcte de ses installations .

 À cela il faut ajouter les incidents qui surviennent régulièrement sur ce réacteur N2          (36 incidents relevés par l’ASN entre 2010 et 2020) **  ce qui rend le risque d’accident de plus en plus probable.  

Nos critiques sur les modalités de cette Enquête Publique

·      Le périmètre de l’enquête publique, défini par le préfet de la Drôme, est de
5 km autour de la centrale alors que le PPI (zone à évacuer en cas d’incident, vient d’être porté à 20 km) ce qui est notoirement insuffisant, à Tchernobyl et Fukushima les nuages radio-actifs ont parcouru des centaines de km.

·      
En outre les études menées régulièrement par l’IRSN sur l’image du nucléaire autour des centrales met en évidence le fait que plus on habite près du site et plus on est favorable au nucléaire (emplois et retombées économiques). 

·      EDF et l’ASN ont estimé inutile une évaluation environnementale en indiquant que les modifications et travaux effectués pendant la VD4 amélioraient la protection des intérêts mentionnés à l’article L.593-1, dont font partie la nature et l’environnement. 

 

Pourquoi nous ne croyons pas que les améliorations de sureté faites par EDF pendant la VD4 permettent la poursuite du fonctionnement du réacteur n°2 : 

1-  L’impact du séisme du TEIL sur la définition de l’aléa sismique du site nucléaire du Tricastin n’est pas connu à ce jour. La digue en terre du canal de Donzère – Mondragon est fragile, elle a été consolidée à plusieurs reprises, mais est ce suffisant ? Résistera-t-elle à un nouveau séisme supérieur à celui du Teil ? Que se passerait-il si les réacteurs étaient noyés, entrainant une fonte des cœurs comme à Fukushima ?

  -  Tous les équipements d'un réacteur sont dimensionnés pour résister à un niveau de séisme défini. Dans le cas où le niveau de séisme serait relevé après les travaux en cours de l’IRSN et du CNRS, dont les résultats seront seulement connus à partir de  2023 peut être, il faudra aussi contrôler si les équipements du réacteur résisteront à ce nouveau niveau de séisme. Cela devrait être fait avant la décision éventuelle de prolongation à 50 ans pour des raisons évidentes de sureté. 


   2-En cas d’accident avec fusion du cœur du réacteur comme à Fukushima, l’installation d’un                     « stabilisateur de corium » (dispositif en fond de réacteur pour étaler à sec le cœur fondu sur le radier dans le bâtiment réacteur avant son renoyage passif par l’eau stockée dans les puisards) devrait permettre d’éviter le percement du radier... Nous n’avons aucune garantie de la résistance et de l’efficacité de ce stabilisateur de corium expérimental qui a seulement été testé en laboratoire. Comment va-t-il résister à la chaleur d’un magma de 2500 à 3000 degrés résultant de la fusion des éléments du coeur qui peut faire fondre l’acier et le béton, percer la cuve et le radier avant d’amorcer sa descente dans le sol géologique et vers la nappe phréatique avec un risque majeur d’explosion ? 

   3- Les piscines de refroidissement des combustibles usés ne sont pas bunkérisées .

Dans le contexte contemporain, la résistance des piscines de combustible usé et très radioactif face au risque de chute d’un avion  ou d’un attentat terroriste  est critique. Elles  n’ont pas été conçues pour résister à des actes de malveillance (du type chute d’avion, missiles, etc).

 Alors qu’elles peuvent contenir jusqu’à plusieurs centaines de tonnes de combustible encore très chaud et radioactif, elles ne sont ni dotées d’une enceinte de confinement ni d’une coque avion. Une brèche dans la paroi d’une piscine peut provoquer une catastrophe nucléaire majeure, avec des conséquences très lourdes pour les populations et l’environnement, pouvant même être supérieures aux conséquences d’un accident sur un réacteur. 

Pourtant, le confinement des piscines de combustible situées au pied de chaque réacteur nucléaire  n’est pas prévu à Tricastin.  À la place, l’ASN et EDF se sont accordés sur la mise en place de mesures complémentaires pour compenser une perte d’eau froide en cas de brèche et de dénoyage de la piscine, c’est un dispositif de refroidissement mobile  qui sera  amené sur site dans les 48h par la  FARN (Force d’Action Rapide Nucléaire) et qui prélèvera l’eau nécessaire dans la nappe souterraine. Il s’agit là d’une « mesure compensatoire » qui n’offre absolument pas les mêmes garanties qu’une enceinte de confinement

 4--L'absence de problèmes liés à la corrosion sous contrainte (CSC) n'est pas prise en compte par EDF

     EDF a révélé en févriér 2022 des problèmes de corrosion sous contrainte, avec risque de fissures,          sur deux circuits concernant la sureté des réacteurs nucléaires, les circuits RIS et RAA qui participent à l'accomplissement de trois fonctions de sureté: maîtrise de la réaction en chaine, refroidissement du combustible nucléaire, confinement de la radioactivité

Le réacteur Tricastin 2 est donc susceptible d'être soumis au même phénomène de corrosion sous contrainte  sur les deux circuits RIS et RRA dont le bon fonctionnement est vital pour la sûreté du réacteur. Mais cela n'est pas pris en compte dans la VD4.

Cela signifie que le dossier de Tricastin 2 soumis à l'enquête publique ne correspond pas à l'état actuel de ce réacteur du point de vue de la sûreté nucléaire. 
Les contrôles sont annoncés courant 2023 bien après la conclusion de l'enquête publique , ce qui nous paraît anormal et inquiétant.


.5-Des travailleurs sous traitants aux conditions de travail dégradées

Au moment où ces installations vieillissantes devraient être soigneusement contrôlées les travailleurs du nucléaire qui en ont la charge n'ont plus les moyens de le faire compte tenu de la dégradation de leurs conditions de travail.

80% des activités du nucléaire : logistique, maintenance, nettoyage, décontamination sont assurées par des salariés sous-traitants mais les conditions de travail ne sont pas équilibrées et justes entre les employés de la sous-traitance et les employés statutaires (personnel d'EDF ou d'Orano). La relation entre le donneur d'ordre et ses sous-traitants est viciée par le fait que l'approche du donneur d'ordre est aujourd'hui essentiellement comptable. Cette stratégie pousse l'ensemble des exploitants et certains grands groupes à la généralisation d'un nucléaire « low cost ».

Sélectionner un sous-traitant en fonction du prix met une pression sur la formation, la rémunération et l'emploi des salariés de ces entreprises. Si les conditions de travail se détériorent il peut y avoir des défaillances qui, à force, posent problème dans un secteur où il faut réduire au maximum le risque. La sûreté nucléaire des installations comme des citoyens va de pair avec la sécurité des travailleurs.

Il est important de vous manifester. Comment donner votre avis ? 

·      -Si vous habitez prés de la centrale  vous pouvez rencontrer le commissaire enquêteur à sa permanence:

-Lundi 14 novembre 2022 de 08h00 à 12h00 en mairie de SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX

-Vendredi 18 novembre 2022 de 13h30 à 17h30 en mairie de LAMOTTE-DU-RHÔNE

-Mercredi 23 novembre 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de LA-GARDE-ADHÉMAR

-Vendredi 25 novembre 2022 de 08h00 à 12h00 en mairie de PIERRELATTE

-Samedi 26 novembre 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de SAINT-RESTITUT

-Vendredi 2 décembre 2022 de 08h30 à 12h00 en mairie de BOLLÈNE

-Samedi 10 décembre 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX

-Mercredi 14 décembre 2022 de 13h30 à 17h30 en mairie de LAPALUD

-Vendredi 16 décembre 2022 de 13h30 à 17h30 en mairie de SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX

 

-Si vous habitez ailleurs, vous pourrez envoyer vos commentaires par e-mail à partir du 14 novembre prochain sur le site dédié à l’enquête publique :

https://www.registre-dematerialise.fr/4255/

 avec mention en objet du titre de l’enquête publique, à l’intention de Monsieur  Thierry Dalberto, président de la commission d’enquête. 

IMPORTANT, formulez vos observations avec vos propres mots à partir des informations contenues dans ce dossier, surtout pas de copié/collé.

*Nucléaire : les révélations d’un lanceur d’alerte sur la centrale .Publié le 17 Novembre 2021 dans le journal Le Monde


** La sureté de la centrale du Tricastin à l’aube de sa quatrième visite décennale. Bernard Laponche pour Greenpeace – 7 janvier 2021