Nucléaire : un cadre de la centrale du Tricastin dénonce une « politique de dissimulation » d'incidents de sûreté

Une plainte a été déposée contre EDF devant le tribunal judiciaire de Paris, notamment pour « mise en danger de la vie d'autrui », selon des informations du « Monde ». Le groupe assure que « la transparence et le respect de la réglementation sont scrupuleusement respectés ».

Par Stéphane Mandard et Perrine Mouterde dans le journal Le Monde  du 12/11/2021

L'accusation n'émane ni d'une organisation antinucléaire ni d'une association de défense de l'environnement. Pour la première fois, c'est un cadre d'EDF, ancien membre de la direction d'une centrale nucléaire française, celle du Tricastin (Drôme), qui a décidé de briser le silence et de saisir la justice pour dénoncer ce qui, selon lui, s'apparente à une« politique de dissimulation » d'incidents et d'écarts en matière de sûreté. Une démarche inédite dans un milieu tenu au secret. Selon les informations du Monde, une plainte a été déposée au début d'octobre devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle vise EDF et la direction de la centrale du Tricastin aux chefs de « mise en danger de la vie d'autrui », « infractions au code pénal, au code de l'environnement, au code du travail et à la réglementation relative aux installations nucléaires » et « harcèlement ».

Le plaignant espère que la justice reconnaîtra son statut de lanceur d'alerte. En attendant, toujours salarié d'EDF, il souhaite garder l'anonymat - nous l'appellerons Hugo. Le Monde a pu le rencontrer, à plusieurs reprises. D'emblée, et malgré la gravité des faits qu'il dénonce, Hugo se présente comme « un amoureux du nucléaire ». Mais un amoureux aujourd'hui « tiraillé », « déchiré », qui tente de cacher sa nervosité derrière un large sourire. Cet homme d'une quarantaine d'années apparaît profondément éprouvé par les événements dont il a été témoin, puis victime : il affirme, en effet, avoir subi un harcèlement pendant plusieurs années en raison, notamment, de son refus de « couvrir » certaines tentatives de dissimulation.

Sa plainte fait figure de dernier recours après qu'il a essayé, en vain, de parvenir à une solution en interne, en alertant la direction de la centrale, celle du groupe ainsi que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Contactés par Le Monde, EDF explique ne pas « faire de commentaires s'agissant des propos rapportés par un salarié » et l'ASN conteste toute dissimulation. La direction de la centrale du Tricastin n'a pas souhaité réagir.

« Cette plainte rappelle que le lanceur d'alerte est une vigie démocratique plus que jamais indispensable lorsque l'opacité qui règne dans le nucléaire sert d'alibi pour dissimuler des graves atteintes à l'intérêt général et à l'environnement », expliquent les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth, qui accompagnent Hugo dans sa démarche avec l'association franco-américaine de soutien aux lanceurs d'alerte The Signals Network.

Pur produit du nucléaire français

Le parcours d'Hugo est celui d'un pur produit du nucléaire français. Entré chez EDF au début des années 2000, il gravit très vite les échelons jusqu'à prendre, à moins de 35 ans, la tête du service sûreté de l'une des dix-huit centrales du pays. Preuve de la reconnaissance de ses qualités professionnelles, c'est lui qu'on envoie représenter l'entreprise lors de réunions de l'Agence internationale de l'énergie atomique ou de salons internationaux. Fin 2016, bardé d'états de service élogieux, il est nommé au sein de la direction de la centrale du Tricastin.

Cette centrale, mise en service en 1980, est l'une des plus vieilles de France. Se profile alors la quatrième visite décennale du réacteur numéro un, programmée en 2019. L'enjeu est de taille pour EDF : ce réacteur est le premier des trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) du parc à passer sa « visite des 40 ans », qui doit permettre de prolonger son activité de dix ans - si la réglementation française ne prévoit pas de durée de vie maximale des réacteurs, une partie des équipements a été conçue, à l'origine, selon une hypothèse de quarante ans de fonctionnement.

Pour EDF, rappelle Hugo, il est « inenvisageable » de rater ce rendez-vous, qui s'accompagne d'une enquête publique. Or, la centrale du Tricastin est dans le collimateur de l'ASN depuis quelques années en raison de la multiplication d'incidents, au point d'avoir été placée sous « surveillance renforcée » en 2017. Chaque centrale est, en effet, classée en fonction de ses résultats en matière de sûreté, d'environnement, de radioprotection, d'accidentologie et de production : celle du Tricastin est dans les dernières places. Au premier trimestre 2017, un nouveau directeur arrive avec pour mission de redresser la barre. « La pression était maximale, dit Hugo. Il a fallu mettre en œuvre tous les moyens pour améliorer les résultats en vue de la validation de la visite du réacteur numéro un. » Quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sûreté.

Volonté de la direction

De nombreux documents, que Le Monde a pu consulter, témoignent de la volonté de la direction de dissimuler à l'ASN des événements, ou en tout cas d'atténuer leur ampleur, ou de les déclarer avec retard - comme l'avait révélé en partie Mediapart en 2019. L'exemple le plus spectaculaire date de l'été 2018. Dans la nuit du 29 au 30 août, le chef d'exploitation fait état, dans un e-mail, d'une « inondation interne dans plusieurs locaux et sur trois niveaux » survenue dans l'un des bâtiments électriques de la centrale, et atteignant 10 centimètres d'eau. Il explique que les prélèvements réalisés ne contiennent pas d'activité radioactive, « sauf dans un local », et que « du matériel sensible au niveau sûreté est présent ».Il s'agit notamment de vannes de l'alimentation de secours des générateurs de vapeur, l'un des systèmes de sauvegarde les plus importants en cas d'accident. Selon son compte rendu, l'incident n'est « toujours pas soldé vingt-quatre heures après sa découverte » et « les moyens humains et surtout matériels ne sont pas à la hauteur de l'enjeu », ce qu'il juge « inacceptable ». C'est avec de simples raclettes et un aspirateur emprunté à un prestataire de nettoyage que les agents d'EDF tentent de résorber l'inondation.

Hugo découvre cet e-mail, ainsi que des photos et vidéos prises pendant la nuit, le lendemain matin. « Mon supérieur vient me voir et me dit : "Mais c'est quoi ce con de chef d'exploitation qui envoie un e-mail à la Terre entière ?" », rapporte-t-il. Le 31 août a lieu une inspection de l'ASN, prévue de longue date. Alors qu'Hugo s'apprête à expliquer ce qui s'est passé, son chef lui demande de quitter la réunion. Il découvrira seulement plus tard ce qui a été dit aux inspecteurs, en lisant le compte rendu de l'Autorité de sûreté nucléaire daté du 16 octobre : celui-ci fait état non pas d'une inondation mais de « quelques écoulements » qui ont été « immédiatement arrêtés ». Pour Hugo, il est clair, à la lecture de cette version, que la durée de l'événement, sa gravité et le manque de moyens pour y faire face ont été largement minimisés.

« Le compte rendu du chef d'exploitation a été écrit à chaud dans la nuit,explique aujourd'hui Christophe Quintin, inspecteur en chef à l'ASN. Si j'enlève le facteur [de son] "énervement", les présentations qui sont faites de l'événement sont cohérentes. » En 2019, l'ASN avait toutefois reconnu que le « manque de moyens de nettoyage n'avait pas été évoqué lors de l'inspection ». Depuis 2017, le « gendarme du nucléaire » avait également demandé à deux reprises à EDF de résoudre le problème de l'étanchéité des joints entre les bâtiments, considérant ces derniers comme « importants pour la protection de l'environnement afin d'éviter toute dispersion d'effluents et de produits dangereux ». En vain.

Non-respect des procédures généralisé

Deux semaines après la fuite, un autre incident intervient, lié à la non-fermeture d'une vanne. Ce jour-là, comme le veut la procédure, le chef d'exploitation de permanence et l'ingénieur de sûreté, une sorte de « gendarme du nucléaire » local, confrontent leurs analyses : tous deux conviennent qu'il s'agit d'un « événement significatif de sûreté », qui doit donc être déclaré automatiquement. Malgré leur accord, la direction demande une deuxième « confrontation », contrevenant ainsi aux règles. Les deux responsables maintiennent leur position, mais les directeurs persistent et ne déclareront pas l'incident. L'ASN affirme ne pas avoir retrouvé de traces d'échanges avec EDF concernant cet événement. « Si on n'a rien trouvé, c'est qu'on ne l'a pas vu en inspection », commente Christophe Quintin.

Ce non-respect des procédures semble relever de pratiques généralisées, plutôt que de situations isolées. Un responsable des ingénieurs sûreté s'inquiète auprès d'Hugo des pressions de la direction : « Les ingénieurs sûreté en ont marre que les chefs d'exploitation baissent leur pantalon pour éviter [de déclarer] des événements significatifs de sûreté. »Ainsi, en décembre 2017, le repli d'un réacteur - la pression et la température de son circuit primaire sont abaissées en raison de l'indisponibilité d'une pompe - n'est pas déclaré. L'ASN a toutefois la possibilité, a posteriori, de revenir sur la caractérisation des incidents : en mars 2018, elle affirme ainsi que ce repli aurait dû être déclaré « sans ambiguïté » et demande à l'exploitant de le faire « dans les plus brefs délais ». S'il paraît anodin, ce retard de déclaration de quelques mois ne l'est pas : signalé en 2018, il n'apparaît pas dans le bilan annuel 2017 du Tricastin. Dans la même note, l'ASN s'interroge officiellement sur « l'écoute de la filière indépendante de sûreté par les représentants de la direction lorsque ceux-ci doivent arbitrer le caractère déclaratif ou non de certains événements ».

Un autre exemple, encore. Le 15 juin 2017, le réacteur numéro un fonctionne au-delà de la puissance maximale autorisée pendant quarante-cinq minutes. Une situation qui aurait dû être signalée dans les quarante-huit heures - c'est le cas dès que la surpuissance excède six minutes. Elle ne sera déclarée que le 2 août. Pourtant, la direction de la centrale du Tricastin connaît bien le problème : alors que les cas de surpuissance sont rares à l'échelle du parc français, la centrale en a déjà connu deux cette année-là, le précédent ayant même duré six heures. En cas de répétition d'un même événement significatif, l'exploitant peut être amené à déclarer ce dernier en niveau 2 sur l'échelle INES, graduée de 0 à 7 en fonction de la gravité. Les événements de niveau 2 sont très rares.

« Quand il y a un nouvel événement de surpuissance le 15 juin, ce n'est même plus qu'on serre les fesses, se remémore Hugo. La direction nous dit clairement qu'il est hors de question qu'on ait un incident de niveau 2. » Le Monde a pu consulter un SMS envoyé par un supérieur d'Hugo, le 3 juillet. La consigne ne laisse pas de place à interprétation : « Il faut démonter ce qui s'est passé ce jour-là en mesurant sans prendre l'EC [soit la valeur du capteur utilisé dans le calcul de puissance thermique] pour démontrer que moins de six minutes. »

Recours à l'intimidation

Pour tenter de minimiser les écarts de sûreté, la direction de la centrale du Tricastin peut également avoir recours à l'intimidation, rapporte Hugo. En juillet 2018 a lieu une visite de l'inspection nucléaire (IN), une unité spécifique chargée d'évaluer le niveau de sûreté des centrales, tous les trois ans environ, par le biais d'un audit d'envergure appelé « évaluation globale d'excellence » et pouvant durer plusieurs semaines. Ordre aurait alors été donné de mettre toute la pression possible sur l'un des inspecteurs pour le « pousser à bout et le dégager », raconte Hugo. Il reconnaît d'ailleurs avoir « participé au jeu » : un soir, le rendez-vous avec l'inspecteur s'éternise au lieu d'être expédié en une demi-heure.

Un SMS témoigne du fait que la direction a donné rendez-vous à Hugo pour « traiter son cas au gars de l'IN ». « On te donne un ordre, tu le fais. Le fonctionnement d'une centrale, c'est très militaire, le directeur est le seul maître à bord. J'ai dû me montrer dur avec quelqu'un qui faisait juste son boulot », regrette Hugo.

Au-delà de la gravité potentielle des différents incidents, ces pratiques remettent en cause le principe même de la sûreté. Le « gendarme » du nucléaire n'étant pas présent en permanence dans les centrales, le système est fondé sur le processus de déclaration par EDF et sur la transparence. « La sûreté, ce n'est pas qu'une question d'événements ou de valeurs qu'on dépasse, insiste Hugo, c'est une culture. On a tellement bien dissimulé certains incidents que l'ASN ne les a pas vus, c'est très grave. »

L'ASN, de son côté, conteste cette analyse. « Il est normal qu'il y ait, à certaines périodes, des écarts d'appréciation entre l'ASN et l'exploitant, assure Christophe Quintin. Au Tricastin, il y a effectivement eu en 2017 et 2018 pas mal de divergences, mais elles ont été portées à la connaissance de l'ASN et n'ont pas été mises sous le tapis. Pour tous les événements qui n'avaient pas été déclarés, l'exploitant avait des explications rationnelles. » Egalement contacté par Le Monde, EDF se contente de rappeler que la sûreté des centrales est « la priorité » du groupe et que « la transparence et le respect de la réglementation sont scrupuleusement appliqués et respectés sur tous les sites ».

Concernant plus particulièrement le Tricastin, l'entreprise souligne que le nombre d'événements significatifs déclarés par la centrale est « stable depuis plusieurs années » et que les bilans sûreté réalisés par l'ASN « ne font aucun état de non-respect du principe de transparence ».

Accidents de travail avec arrêt non transmis

Un autre aspect de ce que Hugo qualifie de stratégie de dissimulation repose sur la non-déclaration des accidents de travail avec arrêt. Le mode opératoire est souvent le même : si un salarié se voit remettre une déclaration d'accident avec arrêt, signifiant que son état de santé ne permet pas une reprise du travail, la direction met la pression sur ses chefs pour que l'arrêt ne soit pas transmis. Il est alors demandé au salarié de rester chez lui le nombre de jours prévus par le médecin. En cas de suspicion par l'inspection du travail, la direction a la parade : elle explique que le salarié a accepté un « aménagement de poste ».

L'aménagement de poste sous-entend que celui-ci soit prévu en amont de la délivrance d'un accident du travail avec arrêt, que les conditions dudit poste soient validées par un médecin et, bien entendu, que le poste en question ne soit pas fictif. Hugo indique avoir été témoin d'événements fréquents pour lesquels ces conditions n'étaient pas respectées.

Ces derniers s'intensifient avant la visite décennale. Le samedi 9 juin 2018, un technicien est victime d'un malaise alors qu'il intervient en salle des machines. Sa tenue vapeur est insuffisamment ventilée pour faire face aux très fortes températures. Selon le médecin qui l'examine, le diagnostic vital aurait pu être engagé : la température corporelle du salarié a atteint 41 °C. Il lui remet un certificat d'accident du travail avec arrêt. Pourtant, deux jours plus tard, la direction déclare l'accident auprès de la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) sans arrêt de travail et explique que le salarié a été mis au repos le dimanche avant de reprendre son activité le lendemain.

Le 18 septembre, un autre accident se produit au sein de la même équipe. Un salarié heurte violemment une vis qui dépasse d'une vanne et est amené aux urgences avec une plaie à la jambe. « Peux-tu suivre avec attention le blessé sur cette fin d'après-midi ? Je suis persuadé que dans le pire des cas un maintien dans l'emploi peut répondre à la situation », demande par SMS un membre de la direction, alors que l'agent n'a pas encore été examiné. Nouveau SMS en fin de journée du supérieur hiérarchique d'Hugo : « L'agent est sorti de l'hôpital sans déchirure grave. Huit jours d'arrêt. La balle est dans votre camp pour le poste aménagé, pas de problème pour tout aménagement. » Le lendemain, la direction transmet à la CPAM une déclaration d'accident du travail sans arrêt.

Parfois, la stratégie échoue. Le 11 janvier 2018, une chute, un séjour à l'hôpital, un arrêt de travail d'une semaine. Mais le salarié a aussitôt transmis l'arrêt au médecin-conseil. La pression est mise sur les équipes pour rattraper le coup. « On a essayé de faire modifier au médecin de l'hôpital la déclaration, mais il refuse pour question de déontologie. J'ai fait tout ce que l'ai pu », commente, contrit, un adjoint du service d'Hugo dans un échange de SMS. « On va se faire allumer ! », répond un autre. « Attention, un jour, cela apparaîtra que la pression pour ne pas déclarer est démesurée. Il faudra assumer », ajoute un chef de service délégué.

Cette stratégie de non-déclaration répond à un objectif : l'accidentologie, et plus précisément le taux de fréquence des accidents du travail avec au moins un jour d'incapacité de travail, est un paramètre pris en compte, avec une pondération importante, dans le classement des centrales. Un classement à soigner pour réussir la visite décennale. En 2018, le taux de fréquence du Tricastin est particulièrement bas : 2,7. Plus de deux fois moins que celui d'un secteur comme la banque et l'assurance (6,8), pourtant beaucoup moins à risque.

Mise à l'écart brutale

Le refus d'Hugo de « collaborer » à l'ensemble de ces dissimulations va entraîner, selon lui, sa mise à l'écart brutale. Le 25 septembre 2018, peu après l'inondation, il est convoqué par son supérieur, qui lui demande de rédiger un e-mail expliquant qu'il quitte ses fonctions pour raisons personnelles. Hugo refuse, mais, le lendemain matin, son départ est annoncé publiquement devant le personnel. Progressivement, Hugo n'est plus invité aux réunions, disparaît de l'organigramme de la direction, est retiré des listes de diffusion des chefs de service... A bout, il est victime d'une crise de spasmophilie dans son bureau, le 4 octobre, et mis en arrêt de travail. Le premier d'une longue série. « Là, j'ai compris qu'ils allaient me faire taire, dit aujourd'hui Hugo, les nerfs toujours à vif. On a voulu me détruire. »

Le harcèlement que Hugo évoque passe aussi par des « intimidations »(« une connerie et t'es tondu », envoyé par SMS en pleine réunion) et des « insultes » répétées (« petite nature », « triple nul »). Hugo informe sa direction de la situation. « Ne te mets pas une pression démesurée. Tu n'es pas harcelé », tranche celle-ci, dans un SMS. Il informe les syndicats, saisi l'inspection du travail. Dans le nucléaire, les inspecteurs du travail sont les inspecteurs de l'ASN. Une enquête est diligentée. Elle conclura, en mars 2019, à l'issue d'une soixantaine d'entretiens, que « la pratique de harcèlement moral (...) n'a pas été établie », tout en pointant « des dysfonctionnements au niveau collectif ». « Ces situations sont traitées avec attention, car il n'y a jamais de fumée sans feu et les torts sont toujours partagés, assure Christophe Quintin. L'ASN a proposé un certain nombre d'actions de management à la direction de la centrale au terme de son enquête. »

Trois jours avant sa date de reprise prévue le 10 décembre, Hugo apprend par un SMS que la direction a l'intention de lui proposer une autre « mission » : un poste de « chef de projet senior ». Il conteste, veut retrouver son poste. Las. Les syndicats l'informent que la direction envisage désormais une « mutation d'office ». L'argument ? « Protéger » sa santé. L'état physique et mental d'Hugo se dégrade. Il est de nouveau arrêté, mais toujours déterminé à retrouver son poste. Le 2 avril 2019, le médecin-conseil de l'Assurance-maladie valide sa reprise du travail. Lorsqu'il se présente, le 4 avril, à la centrale, son employeur le redirige vers le médecin du travail. Ce dernier confirme l'aptitude, mais dans un « contexte professionnel » hors de son service. Depuis, Hugo, qui a contesté en vain ledit certificat médical devant les prud'hommes, attend toujours de reprendre le travail.

Que savait la direction d'EDF de la situation au Tricastin ? En octobre 2018, Hugo obtient un rendez-vous avec la direction du parc nucléaire. Il expose, une nouvelle fois, les « pratiques dangereuses » qu'il avait déjà relatées par e-mail et SMS. « Tout serait tellement plus simple, et probablement moins douloureux, si tu acceptais un autre poste », lui rétorque-t-on par SMS. Le 23 mai 2019, son avocat alerte le président d'EDF, Jean-Bernard Lévy. Le courrier est clair : il mentionne des manquements graves au principe de sûreté nucléaire, de transparence nucléaire ou au regard des normes environnementales, la volonté de la direction de la centrale du Tricastin de cacher certains événements et la situation de harcèlement moral dont est victime son client. La réponse parvient le 8 juillet 2019 : pour la direction du groupe, « aucun début d'éléments » ne permet de « caractériser l'existence » des faits dénoncés.

En désaccord total, Hugo s'interroge quant à son avenir, qu'il continue malgré tout à imaginer dans le nucléaire. Le futur du parc français est, lui aussi, en pleine redéfinition. Le président, Emmanuel Macron, a confirmé mardi 9 novembre vouloir lancer la construction de nouveaux réacteurs. En février, l'ASN a également ouvert la voie à la poursuite de l'exploitation des réacteurs les plus anciens au-delà de quarante ans. Cet avis générique doit être complété par des réexamens au cas par cas de chacun des trente-deux réacteurs, qui ont commencé en 2019 et doivent se poursuivre jusqu'en 2031. La quatrième visite décennale du réacteur numéro un du Tricastin, qui a mobilisé près de 5 000 intervenants pendant six mois, a été jugée « assez satisfaisante » par le « gendarme du nucléaire ». Une nouvelle enquête publique doit avoir lieu au premier trimestre 2022 à propos de sa prolongation, avant que celle-ci ne soit validée officiellement.

Un avenir sans nucléaire est possible, selon Négawatt

L'association Négawatt a présenté son scénario 2022 pour une France à la production électrique entièrement renouvelable et sans nucléaire d'ici 2050. Elle espère que ses propositions, urgentes à mettre en œuvre, seront reprises par les candidats à l'élection présidentielle.

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Publié le 26 octobre 2021 dans REPORTERRE

Une consommation énergétique divisée par deux, une production électrique issue à 100 % de sources renouvelables, 500 000 emplois créés... Voici ce à quoi pourrait ressembler la France en 2050, si l'on en croit la dernière édition du scénario Négawatt publié mardi 26 octobre. La trajectoire décrite par l'association éponyme ne relève pas de la science-fiction, assure son directeur, Stéphane Chatelin. Élaboré à partir d'une modélisation fine de notre système énergétique, ce scénario montre qu'il est possible d'atteindre la neutralité carbone en 2050 sans avoir recours au nucléaire. Et propose une stratégie concrète pour y parvenir.

Comme ses précédentes éditions, le cru 2022 du scénario Négawatt repose sur deux grands piliers : la sobriété et l'efficacité énergétique. L'idée cruciale reste de réduire à la source nos besoins en énergie grâce à des changements de comportement collectifs (favoriser le vélo, allonger la durée de vie des équipements, etc.), et de diminuer la quantité d'énergie nécessaire à la satisfaction de certains besoins grâce à des innovations techniques (par exemple en améliorant le rendement des appareils électriques, ou en isolant davantage les bâtiments).

               Manifestation devant  la centrale du BUGEY  le 3 octobre 2021

                                            BUGEY/TRICASTIN, même combat

Nous étions plus de 600 à manifester sous la pluie ce dimanche 3 octobre devant la centrale du Bugey où les problèmes sont les mêmes qu'au Tricastin.Objectif : refuser la prolongation des réacteurs de la centrale, et s'opposer par avance à la construction de nouveaux réacteurs EPR. Avec l'élection présidentielle en ligne de mire.

Dans la foule,des élus locaux et régionaux,comme la conseillére régionale EELV Fabienne Greber et la député LFI du Val-de-Marne Mathilde Panot, y ont participé

.À Saint-Vulbas dans l'Ain, près de la centrale nucléaire du Bugey, nous avons réaffirmé notre refus de la prolongation des réacteurs vieillissants, mais aussi de la construction de nouveaux réacteurs EPR. Ni au Bugey, ni au Tricastin, ni ailleurs.

L’institut suisse Biosphère a publié récemment, pour le compte de Greenpeace, une étude présentant les conséquences radiologiques en cas d'accident nucléaire majeur au Tricastin

L'institut suisse Biosphère a publié récemment, pour le compte de Greenpeace, une étude présentant les conséquences radiologiques en cas d'accident nucléaire majeur au Tricastin, en partant de données météorologiques des trois dernières années passées (le même exercice avait déjà été réalisé pour les centrales suisses et la centrale du Bugey voilà quelques années).

Selon les conditions météorologiques, les impacts seraient très contrastés. Mais en moyenne, près de 137 000 personnes pourraient être exposées à plus de 100 mSv lors du passage du panache. Dans 10% des situations, ce chiffre s'élèverait même à 275 000 mSv ! Et dans certains cas extrêmes, les habitant.es de plusieurs villes de la vallée du Rhône pourraient même être exposé.es à plus de 500 mSv, la valeur limite pour l'intervention des secouristes. Et si le seuil pour retourner vivre sur un territoire était fixé à 20mSv comme au Japon, en moyenne, il faudrait reloger 300 000 personnes.

Cette vidéo vous donnera un bon aperçu de ce que pourrait donner la dispersion du panache dans différentes configurations :


Tous les résultats sont accessibles sur le site de l'institut Biopshère pour qui veut se donner la peine d'aller y faire des recherches, avec de multiples cartes et tableaux de données sur les impacts sur différentes villes françaises et européennes.

Mardi 29 juin devant le Tribunal de Valence pour le procès pour les 34 activistes de GREENPEACE, nous sommes venus les remercier et les soutenir. 

Rendez-vous le 7 septembre pour le verdict !

ALBUM DE NOTRE MANIFESTATION  À MONTÉLIMAR POUR LES 40 ANS DE LA CENTRALE DU TRICASTIN

Le samedi 26 juin 2031 

PAS DE CONDAMNATIONS POUR LES TROIS MILITANTS DE STOP TRICASTIN

Le 27 avril 2021, trois militants du Collectif STOP TRICASTIN ont été convoqués au tribunal de police de Valence pour avoir stationné leur véhicule prés de l'espace d'information du public EDF de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme). Le 1er juin 2019, ils avaient participé avec un militant de Greenpeace et un militant du Réseau "Sortir du nucléaire" à une action symbolique de « remise du trophée de la cuve la plus fissurée « au directeur du site.


Cette action, symbolique et non-violente, s'était déroulée dans le cadre d'une campagne de sensibilisation aux dangers que représente pour la population le réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire. En présence de journalistes, les participants souhaitaient faire part de leur opposition à la prolongation de la durée de vie de ce réacteur au delà de 40 ans, en raison de son usure et plus particulièrement de celle de sa cuve, qui comporte une vingtaine de fissures.


Le Tribunal a entendu notre plaidoyer de lanceurs d'alerte sur les dangers du réacteur n°1 de la la centrale du Tricastin.

Le ministère public a demandé une amende de quelques dizaines euros pour chacun de nous, pour stationnement illicite devant la centrale, mais la présidente du Tribunal qui avait bien écouté les objectifs et les modalités de notre action, nous a dispensé de cette peine. 



EDF : le gouvernement joue sa dernière carte pour sauver le plan « Hercule »

Par Nabil Wakim dans le journal Le Monde du 6 avril 2021

A l'origine, le projet « Hercule » est une vaste réorganisation d'EDF, pensée pour faire face aux importantes difficultés financières de l'énergéticien. L'objectif : obtenir de la Commission européenne une meilleure rémunération du nucléaire français en échange d'une réforme de l'énergéticien - dont la position dominante sur le marché hexagonal agace depuis longtemps à Bruxelles.

La réforme d'EDF est-elle en train de sombrer ? Le projet de la direction du groupe et du gouvernement, en discussion depuis plus de dix-huit mois, n'est pas officiellement abandonné, mais il est désormais en grande difficulté, et pourrait ne pas voir le jour avant la présidentielle de 2022. Pour tenter de sauver le projet « Hercule », le gouvernement a proposé, mardi 6 avril, aux syndicats, de modifier ses contours. Il espère parvenir à un improbable consensus, alors que le calendrier politique rend de plus en plus difficile ce vaste chantier voulu par Emmanuel Macron.

A l'origine, le projet « Hercule » est une vaste réorganisation d'EDF, pensée pour faire face aux importantes difficultés financières de l'énergéticien. L'objectif : obtenir de la Commission européenne une meilleure rémunération du nucléaire français en échange d'une réforme de l'énergéticien - dont la position dominante sur le marché hexagonal agace depuis longtemps à Bruxelles.

Le groupe serait donc scindé en plusieurs blocs : « EDF Bleu », une entité 100 % publique et consacrée essentiellement aux activités nucléaires ; « EDF Vert », qui regrouperait la vente d'électricité, les énergies renouvelables et le réseau de distribution Enedis - cette deuxième entité serait ouverte au privé, pour environ 30 % de son capital - ; enfin, le projet prévoit la création d'une entité publique séparée, « EDF Azur », qui regrouperait les barrages hydroélectriques - une manière de régler un vieux contentieux entre Paris et Bruxelles.

Un obstacle toujours infranchissable

Depuis des mois, le gouvernement assure qu'il ne s'agit pas d'un démantèlement, mais d'un sauvetage, en raison de la situation économique de la société. « EDF va dans le mur » si le groupe ne se transforme pas, ne cesse de répéter le ministre de l'économie, Bruno Le Maire.

Les syndicats et les oppositions, à gauche et à droite, ne sont pas convaincus et s'inquiètent d'un début de « privatisation » de l'entreprise et de la fin d'un groupe historique français. Depuis plusieurs mois, les journées de grève s'enchaînent et restent très suivies - une nouvelle mobilisation doit avoir lieu, jeudi 8 avril.

Mais une autre opposition, tout aussi coriace, empêche le gouvernement et la direction d'EDF de mettre en œuvre « Hercule » : l'exécutif ne parvient pas à trouver un accord avec la Commission européenne. Si plusieurs points ont été réglés, un obstacle majeur semble toujours infranchissable. Pour Bruxelles, la production d'électricité et la fourniture d'électricité doivent être clairement séparées, avec une « muraille de Chine » entre les deux entités. Mais comment concilier cette exigence avec la promesse du gouvernement de ne pas séparer EDF en plusieurs morceaux ?


Début mars, le gouvernement a multiplié les déclarations assurant qu'un accord était proche. Mais, depuis, aucune réunion n'a eu lieu entre les ministres chargés du dossier, Barbara Pompili (transition écologique) et Bruno Le Maire, et la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager.

Cette absence d'avancée concrète risque de condamner le projet, car le gouvernement fait face à un imposant problème de calendrier : la présidentielle de 2022 arrive à grands pas. Même en cas d'accord avec Bruxelles, le processus devrait durer plusieurs mois, puisqu'il faudra voter une loi pour entériner ces changements puis changer les statuts de l'entreprise.

« Très difficile à vendre politiquement »

Début mars, le gouvernement espérait que ce processus pourrait être terminé en janvier 2022. Mais le temps court... Et joue contre « Hercule ». Comment défendre cette complexe réorganisation en pleine campagne électorale, alors que les syndicats et l'opposition vont insister sur les risques du projet pour EDF et pour les factures d'électricité des Français ? « C'est très difficile à vendre politiquement »,reconnaît un conseiller ministériel.

Pour tenter de bénéficier d'un meilleur rapport de force, le gouvernement a joué une dernière carte, mardi : tenter de convaincre les syndicats de faire front commun pour peser plus lourd dans les négociations à Bruxelles.

Bruno Le Maire et Barbara Pompili ont reçu à Bercy le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, et les représentants de l'intersyndicale pour leur vendre un « deal » d'un genre nouveau. Le ministre de l'économie a estimé que le projet pouvait être amendé et s'est engagé à inscrire dans la loi que l'Etat détiendrait « EDF Vert » à au moins 75 %. « Il ne veut plus qu'on prononce le nom "Hercule" », dit une source syndicale. L'exécutif doit faire parvenir aux syndicats d'ici à la fin de la semaine une proposition détaillée.

Un changement de stratégie alors que, jusqu'ici, les dirigeants syndicaux s'étaient toujours vus opposer une fin de non-recevoir. L'exécutif espère notamment que la CGC, deuxième syndicat de l'entreprise, et la CFDT, seront peut-être intéressées.

« C'est plus dur que la réforme des retraites »

Mais les organisations syndicales ont jusqu'ici affiché un - rare - front commun. « Il veut notre soutien en faisant une sorte de chantage, en nous racontant que c'est comme ça qu'on va sauver EDF », dit-on à la CGT, qui a déjà décidé de « ne pas toper ».

A Bercy, on refuse de s'avouer vaincu, même si on reconnaît que « c'est plus dur que la réforme des retraites ». Le cabinet du ministre explique qu'il n'y a pas de « plan B » - contrairement à ce qu'avait affirmé Barbara Pompili à l'Assemblée nationale en février. « On continue de chercher le projet qui correspond à la fois à ce que chacun souhaite et qui correspond également aux règles européennes », assure-t-on à Bercy.

Autrement dit : trouver la recette qui pourrait convaincre Bruxelles et les syndicats d'EDF tout en collant au projet du gouvernement. Une option qui paraît de moins en moins réaliste au fur et à mesure que se resserre le calendrier électoral.


Le nucléaire, éligible pour les investissements verts ? Une aberration environnementale et climatique, reposant sur un raisonnement cynique et malhonnête !

Communiqué du 2 avril 2021 du réseau Sortir du Nucléaire

Le Réseau "Sortir du nucléaire" dénonce les tentatives de la France et du lobby industriel du nucléaire pour inclure cette technologie dans le projet de taxonomie (classification) européenne censé définir les investissements « verts ».

En faisant la promotion du nucléaire au niveau européen, la France sabote la lutte contre le changement climatique

Alors que le nucléaire est jusqu'ici exclu des investissements « verts » en raison de ses impacts environnementaux, la France a recours aux pires stratégies pour créer un rapport de force favorisant son inclusion. Déjà, lors du Conseil européen de décembre 2019, elle n'avait pas hésité à s'allier avec des États grands défenseurs du charbon pour prendre la défense du nucléaire. Elle se montre maintenant ouverte à rendre le gaz fossile éligible aux investissements « verts », comme le souhaite la Hongrie de Viktor Orban, dans l'espoir que le nucléaire y trouve à son tour sa place.

Une telle attitude revient à vider de son sens ce mécanisme censé éviter le greenwashing. Elle illustre la duplicité et l'hypocrisie de la France, qui se pose en championne du climat sur la scène internationale tout en se montrant complaisante avec des États défenseurs des énergies fossiles - et par ailleurs fort peu exemplaires du point de vue de la démocratie et du respect des droits humains, tels que la Hongrie et la Pologne. Cette position est d'autant plus insupportable au regard du peu d'ambition déployée par le gouvernement français pour élaborer une loi climat digne de ce nom.

Le lobby nucléaire à la manœuvre auprès de la Commission Européenne

Nous dénonçons également le travail de sape mené par le lobby européen de l'atome. Mécontent des précédents travaux de la Commission européenne, pour qui les nuisances entraînées par le nucléaire prohibaient son inclusion dans les investissements verts, celui-ci a poussé pour la rédaction d'un autre rapport plus favorable (voir le texte dévoilé par Politico). Confié au Joint Research Center, organisme historiquement lié à Euratom et proche du lobby Foratom, ce nouveau rapport parvient à des conclusions surréalistes : le nucléaire ne représenterait « pas plus de danger pour la santé humaine » que les énergies renouvelables ! Sur un mode incantatoire, il martèle que le nucléaire ne comporterait pas d'impact environnemental significatif, tout étant bien géré et le problème des déchets étant réglé. Un constat qui n'existe que dans la tête des nucléocrates...

Présenter comme non nocive une technologie polluante, dangereuse, devant faire l'objet d'une surveillance permanente et productrice de déchets qui resteront dangereux pour des durées dépassant le temps humain, voilà qui relève d'une profonde malhonnêteté intellectuelle. Il est inacceptable que le lobby nucléaire puisse ainsi dicter ses conclusions et influer sur la politique européenne.

Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat !

Cette stratégie visant à promouvoir le nucléaire comme solution face au changement climatique afin de le faire bénéficier de nouvelles sources de financements est révélatrice des grandes difficultés d'une filière qui ne survit pourtant déjà que grâce à un important soutien public. Lourdement endettée, en difficultés pour assurer la gestion de ses déchets et le démantèlement de ses installations, EDF est incapable de financer elle-même la construction des six nouveaux réacteurs qu'elle souhaite voir sortir de terre dans les prochaines décennies.

Faire bénéficier le nucléaire de la manne financière du Green Deal européen serait pourtant une absurdité qui porterait lourdement préjudice à la lutte pour la réduction de nos émissions. Vulnérable aux aléas climatiques extrêmes, cette énergie est également hors jeu face à l'urgence. Il est impossible de réduire drastiquement nos émissions en moins d'une décennie, comme le recommande le GIEC, en misant sur une technologie chère, lente à se développer et sujette à d'importants retards, comme l'illustre le chantier de l'EPR de Flamanville. Tout euro fléché vers le nucléaire ferait alors cruellement défaut au développement de vraies solutions et à la nécessaire transformation de nos systèmes de production et de consommation.


Ce matin 13/03/2021 le collectif STOP TRICASTIN a mené une action de sensibilisation aux risques du nucléaire pour la population vivant autour de la centrale du Tricastin (villes dans le PPI de 20km).

https://www.facebook.com/1420846714727823/posts/2499262650219552/?d=n


UN FUKUSHIMA EST IL POSSIBLE EN FRANCE ?

            PUBLIÉ LE 11 MARS 2021

FUKSHIMA A MONTRÉ QU'UN FORT SEISME POUVAIT DÉCLENCHER UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE. 

Or nous sommes dans une zone sismique, la digue du canal de Donzére-Mondragon qui refroidit les réacteurs est en terre, elle a résisté en 2019 à un tremblement de terre de force 5,4 sur l'échelle de Richter , mais qui nous dit qu'elle résisterait à un nouveau séisme de force 7 ?

La centrale est en contre-bas du canal, à 6m en dessous du plan d'eau, en cas de rupture de la digue c 'est 2000m3/S qui débouleraient sur la centrale , les 4 réacteurs seraient noyés et nous serions potentiellement dans la même situation qu'à FUKUSHIMA avec une fonte des coeurs...

Notre action du 10 /02/2021 à la mairie de Saint Paul trois Chateaux   pour demander la fermeture du réacteur n°3 du Tricastin qui avait atteint 40 ans ce jour là.

Il y a 40 ans exactement , le 10 février 1981, que le réacteur N°3 du Tricastin a été raccordé au réseau.

Nous étions ce matin une vingtaine de militants devant la mairie de Saint Paul les 3 chateaux ,commune sur laquelle est implantée la centrale du Tricastin, pour demander la non prolongation de ce réacteur au delà de 40 ans comme nous l'avons déja fait pour les réacteurs 1 et 2 .

Ces dix derniéres années , entre 2010 et 2020, 34 incidents ont été déclarés par EDF à l'ASN pour ce réacteur , dont deux de niveau 2 ce qui est loin d'être anodin et montre bien que le niveau de sureté laisse à désirer .

À quel moment un incident se transforme en accident ?

Nous avons rappelé que nous sommes en zone sismique , que la digue du canal de Donzére -Mondragon qui refroidit les réacteurs est en terre , qu'elle a résisté à un tremblement de terre de force 5,4 sur l'échelle de Richter mais qui nous dit qu'elle résisterait à un nouveau seisme de force 7 ?

Nous ignorons  quel état elle est aujourd'hui. Personne ne le sait vraiment, des études sont en cours par L'IRSN et le CNRS...

Comme le niveau de l'eau est 6m plus haut que la base de la centrale, en cas de rupture de la digue les 4 réacteurs seraient noyés et nous serions potentiellement dans la même situation qu'à Fukushima...

Nous savons que beaucoup d'habitants de la région et de Saint paul vivent du nucléaire et de ses retombées économiques , mais après le passage d'un nuage radio actif au dessus de leurs têtes , ils n'auront plus rien . Ils seront évacués en ayant tout perdu: emplois, maisons, terrains car il n'y aura pas de retour à la normale et personne pour les indemniser.

Le maire de Saint Paul 3 Chateaux alerté par le bruit quand nous avons crié sous ses fenêtres " Tricastin, 40 ans ça suffit" a reçu  une délégation de 3 personnes du collectif. Entretien courtois d'une demie heure...

Aprés avoir exposé nos motifs pour l'arrét des réacteurs, nous lui avons proposé de commencer à réfléchir à la reconversion des travailleurs de la centrale en mettant autour de la table toutes les parties prenantes, les syndicats, l'état, les collectivités , la région et les écologistes.Afin d'éviter l'impréparation observée lors de la fermeture de Fessenheim.

EPR, NI À TRICASTIN, NI AILLEURS

Récemment 33 élus locaux, notamment de Drôme et d Ardéche , tous bords politiques confondus ont adressé une lettre au président d'EDF pour réclamer l implantation de deux réacteurs EPR 2 sur le site du Tricastin. Nous avons souhaité dans une tribune envoyée à la presse répondre point par point à ces élus qui veulent prolonger l'aventure nucléaire sur notre territoire :

Les 1 900 000 personnes qui vivent dans un rayon de 90 km autour de la centrale du Tricastin ne sont pas tous favorables, loin de là, à la poursuite et au développement de l énergie nucléaire dans notre région , dans le sondage BVA /ORANO évoqué dans la lettre des élus 29% des sondés autour de Tricastin estiment que la centrale est un handicap pour la région. Et rappelons que notre pétition pour la fermeture du réacteur numéro 1 du Tricastin a recueilli plus de 41 000 signatures dont 1024 en Drôme et 987 en Ardéche.

En regard des « atouts » évoqués il y a aussi des incertitudes et des risques :

Il n est pas raisonnable d implanter de nouveaux réacteurs dans une zone sismique active ( qui peut garantir qu un nouveau tremblement de terre n'aura pas lieu un jour , plus puissant et plus proche de la centrale que celui du 11/11/2019 d'une magnitude de 5,4 ) avec une digue en terre qui a été consolidée une premiére fois en urgence en 2017 et qui doit l être encore avant fin 2022 à la demande de l ASN .

Suite au séisme du Teil, l'IRSN étudie la nécessité de revoir les référentiels sismiques à la hausseet les sismologues du CNRS envisagent même d'actualiser leur évaluation des risques sismiques en France car le séisme du Teil s'est produit sur une faille qui était classée comme "inactive".

On ne pourra donc se prononcer sur la centrale du Tricastin que lorsque l'IRSN et le CNRS auront terminé leur évaluation du séisme de référence à prendre en compte, tout en sachant, Fukushima nous l'a montré, qu'un séisme nettement supérieur au séisme historique est toujours possible lorsque le site de la centrale se trouve en zone sismique..



La rupture de la digue, du fait de la hauteur du canal par rapport à la base de la centrale (6m) restera en tout état de cause une menace permanente sur la sûreté du site du Tricastin.

Ces nouveaux réacteurs produiront à leur tour des déchets radio actifs dont on ne sait que faire et que personne ne veut , leur gestion et le coût de celle ci reposera sur les générations futures.Notre région bénéficie d un potentiel exceptionnel en matière d'énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, hydraulique et géothermie) et une grande partie des travailleurs du nucléaire pourraient utiliser leurs compétences et leur savoir faire dans le développement de nouvelles filières énergétiques permettant de fournir de l électricité décarbonnée et d accroitre notre indépendance énergétique.

Nous n avons donc pas besoin de ces EPR 2, pari technologique hasardeux sur laquelle la Cour des Comptes émet des doutes dans son rapport publié en juillet 2020 estimant qu'il ne peut être établi avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d'EPR de type Flamanville se matérialiseront et que l'enjeu financier lié à ces nouveaux réacteurs nucléaires est "majeur", évaluant à 12 milliards d'euros le coût de construction de chaque paire d'EPR2.

Or EDF, très endettée, ne pourra pas financer seule la construction de ces nouveaux réacteurs , qui va payer : le consommateur ou le contribuable ?

Plutôt que de s'associer à la fuite en avant d'EDF , nos élus feraient bien mieux de travailler à une véritable transition énergétique pour faire de notre territoire , un territoire modèle en la matière. 

NB: pour voir nos vidéos, cliquez sur les images, puis sur "aller à "...

La France doit-elle prolonger la durée de vie de ses réacteurs nucléaires les plus anciens ? C'est la volonté du gouvernement et d'EDF, qui a repoussé à 2035 la baisse de la part de l'atome dans la production d'électricité. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a lancé en décembre 2020 une consultation pour encadrer cette possible prolongation des...

De l'arrivée de l'uranium en France et sa transformation en combustible pour les centrales nucléaires, jusqu'au retraitement du combustible usé et le stockage ou l'entreposage des déchets nucléaires... ce film retrace pas à pas toutes les étapes du circuit de production d'électricité

OFFICIEL : c'est aujourd'hui 31 mai 2020 le 40 iéme anniversaire de la centrale du Tricastin , elle devrait être mise à l'arrêt , son futur c'est le démantélement.