EDF : le gouvernement joue sa dernière carte pour sauver le plan « Hercule »

Par Nabil Wakim dans le journal Le Monde du 6 avril 2021

A l'origine, le projet « Hercule » est une vaste réorganisation d'EDF, pensée pour faire face aux importantes difficultés financières de l'énergéticien. L'objectif : obtenir de la Commission européenne une meilleure rémunération du nucléaire français en échange d'une réforme de l'énergéticien - dont la position dominante sur le marché hexagonal agace depuis longtemps à Bruxelles.

La réforme d'EDF est-elle en train de sombrer ? Le projet de la direction du groupe et du gouvernement, en discussion depuis plus de dix-huit mois, n'est pas officiellement abandonné, mais il est désormais en grande difficulté, et pourrait ne pas voir le jour avant la présidentielle de 2022. Pour tenter de sauver le projet « Hercule », le gouvernement a proposé, mardi 6 avril, aux syndicats, de modifier ses contours. Il espère parvenir à un improbable consensus, alors que le calendrier politique rend de plus en plus difficile ce vaste chantier voulu par Emmanuel Macron.

A l'origine, le projet « Hercule » est une vaste réorganisation d'EDF, pensée pour faire face aux importantes difficultés financières de l'énergéticien. L'objectif : obtenir de la Commission européenne une meilleure rémunération du nucléaire français en échange d'une réforme de l'énergéticien - dont la position dominante sur le marché hexagonal agace depuis longtemps à Bruxelles.

Le groupe serait donc scindé en plusieurs blocs : « EDF Bleu », une entité 100 % publique et consacrée essentiellement aux activités nucléaires ; « EDF Vert », qui regrouperait la vente d'électricité, les énergies renouvelables et le réseau de distribution Enedis - cette deuxième entité serait ouverte au privé, pour environ 30 % de son capital - ; enfin, le projet prévoit la création d'une entité publique séparée, « EDF Azur », qui regrouperait les barrages hydroélectriques - une manière de régler un vieux contentieux entre Paris et Bruxelles.

Un obstacle toujours infranchissable

Depuis des mois, le gouvernement assure qu'il ne s'agit pas d'un démantèlement, mais d'un sauvetage, en raison de la situation économique de la société. « EDF va dans le mur » si le groupe ne se transforme pas, ne cesse de répéter le ministre de l'économie, Bruno Le Maire.

Les syndicats et les oppositions, à gauche et à droite, ne sont pas convaincus et s'inquiètent d'un début de « privatisation » de l'entreprise et de la fin d'un groupe historique français. Depuis plusieurs mois, les journées de grève s'enchaînent et restent très suivies - une nouvelle mobilisation doit avoir lieu, jeudi 8 avril.

Mais une autre opposition, tout aussi coriace, empêche le gouvernement et la direction d'EDF de mettre en œuvre « Hercule » : l'exécutif ne parvient pas à trouver un accord avec la Commission européenne. Si plusieurs points ont été réglés, un obstacle majeur semble toujours infranchissable. Pour Bruxelles, la production d'électricité et la fourniture d'électricité doivent être clairement séparées, avec une « muraille de Chine » entre les deux entités. Mais comment concilier cette exigence avec la promesse du gouvernement de ne pas séparer EDF en plusieurs morceaux ?


Début mars, le gouvernement a multiplié les déclarations assurant qu'un accord était proche. Mais, depuis, aucune réunion n'a eu lieu entre les ministres chargés du dossier, Barbara Pompili (transition écologique) et Bruno Le Maire, et la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager.

Cette absence d'avancée concrète risque de condamner le projet, car le gouvernement fait face à un imposant problème de calendrier : la présidentielle de 2022 arrive à grands pas. Même en cas d'accord avec Bruxelles, le processus devrait durer plusieurs mois, puisqu'il faudra voter une loi pour entériner ces changements puis changer les statuts de l'entreprise.

« Très difficile à vendre politiquement »

Début mars, le gouvernement espérait que ce processus pourrait être terminé en janvier 2022. Mais le temps court... Et joue contre « Hercule ». Comment défendre cette complexe réorganisation en pleine campagne électorale, alors que les syndicats et l'opposition vont insister sur les risques du projet pour EDF et pour les factures d'électricité des Français ? « C'est très difficile à vendre politiquement »,reconnaît un conseiller ministériel.

Pour tenter de bénéficier d'un meilleur rapport de force, le gouvernement a joué une dernière carte, mardi : tenter de convaincre les syndicats de faire front commun pour peser plus lourd dans les négociations à Bruxelles.

Bruno Le Maire et Barbara Pompili ont reçu à Bercy le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, et les représentants de l'intersyndicale pour leur vendre un « deal » d'un genre nouveau. Le ministre de l'économie a estimé que le projet pouvait être amendé et s'est engagé à inscrire dans la loi que l'Etat détiendrait « EDF Vert » à au moins 75 %. « Il ne veut plus qu'on prononce le nom "Hercule" », dit une source syndicale. L'exécutif doit faire parvenir aux syndicats d'ici à la fin de la semaine une proposition détaillée.

Un changement de stratégie alors que, jusqu'ici, les dirigeants syndicaux s'étaient toujours vus opposer une fin de non-recevoir. L'exécutif espère notamment que la CGC, deuxième syndicat de l'entreprise, et la CFDT, seront peut-être intéressées.

« C'est plus dur que la réforme des retraites »

Mais les organisations syndicales ont jusqu'ici affiché un - rare - front commun. « Il veut notre soutien en faisant une sorte de chantage, en nous racontant que c'est comme ça qu'on va sauver EDF », dit-on à la CGT, qui a déjà décidé de « ne pas toper ».

A Bercy, on refuse de s'avouer vaincu, même si on reconnaît que « c'est plus dur que la réforme des retraites ». Le cabinet du ministre explique qu'il n'y a pas de « plan B » - contrairement à ce qu'avait affirmé Barbara Pompili à l'Assemblée nationale en février. « On continue de chercher le projet qui correspond à la fois à ce que chacun souhaite et qui correspond également aux règles européennes », assure-t-on à Bercy.

Autrement dit : trouver la recette qui pourrait convaincre Bruxelles et les syndicats d'EDF tout en collant au projet du gouvernement. Une option qui paraît de moins en moins réaliste au fur et à mesure que se resserre le calendrier électoral.


Le nucléaire, éligible pour les investissements verts ? Une aberration environnementale et climatique, reposant sur un raisonnement cynique et malhonnête !

Communiqué du 2 avril 2021 du réseau Sortir du Nucléaire

Le Réseau "Sortir du nucléaire" dénonce les tentatives de la France et du lobby industriel du nucléaire pour inclure cette technologie dans le projet de taxonomie (classification) européenne censé définir les investissements « verts ».

En faisant la promotion du nucléaire au niveau européen, la France sabote la lutte contre le changement climatique

Alors que le nucléaire est jusqu'ici exclu des investissements « verts » en raison de ses impacts environnementaux, la France a recours aux pires stratégies pour créer un rapport de force favorisant son inclusion. Déjà, lors du Conseil européen de décembre 2019, elle n'avait pas hésité à s'allier avec des États grands défenseurs du charbon pour prendre la défense du nucléaire. Elle se montre maintenant ouverte à rendre le gaz fossile éligible aux investissements « verts », comme le souhaite la Hongrie de Viktor Orban, dans l'espoir que le nucléaire y trouve à son tour sa place.

Une telle attitude revient à vider de son sens ce mécanisme censé éviter le greenwashing. Elle illustre la duplicité et l'hypocrisie de la France, qui se pose en championne du climat sur la scène internationale tout en se montrant complaisante avec des États défenseurs des énergies fossiles - et par ailleurs fort peu exemplaires du point de vue de la démocratie et du respect des droits humains, tels que la Hongrie et la Pologne. Cette position est d'autant plus insupportable au regard du peu d'ambition déployée par le gouvernement français pour élaborer une loi climat digne de ce nom.

Le lobby nucléaire à la manœuvre auprès de la Commission Européenne

Nous dénonçons également le travail de sape mené par le lobby européen de l'atome. Mécontent des précédents travaux de la Commission européenne, pour qui les nuisances entraînées par le nucléaire prohibaient son inclusion dans les investissements verts, celui-ci a poussé pour la rédaction d'un autre rapport plus favorable (voir le texte dévoilé par Politico). Confié au Joint Research Center, organisme historiquement lié à Euratom et proche du lobby Foratom, ce nouveau rapport parvient à des conclusions surréalistes : le nucléaire ne représenterait « pas plus de danger pour la santé humaine » que les énergies renouvelables ! Sur un mode incantatoire, il martèle que le nucléaire ne comporterait pas d'impact environnemental significatif, tout étant bien géré et le problème des déchets étant réglé. Un constat qui n'existe que dans la tête des nucléocrates...

Présenter comme non nocive une technologie polluante, dangereuse, devant faire l'objet d'une surveillance permanente et productrice de déchets qui resteront dangereux pour des durées dépassant le temps humain, voilà qui relève d'une profonde malhonnêteté intellectuelle. Il est inacceptable que le lobby nucléaire puisse ainsi dicter ses conclusions et influer sur la politique européenne.

Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat !

Cette stratégie visant à promouvoir le nucléaire comme solution face au changement climatique afin de le faire bénéficier de nouvelles sources de financements est révélatrice des grandes difficultés d'une filière qui ne survit pourtant déjà que grâce à un important soutien public. Lourdement endettée, en difficultés pour assurer la gestion de ses déchets et le démantèlement de ses installations, EDF est incapable de financer elle-même la construction des six nouveaux réacteurs qu'elle souhaite voir sortir de terre dans les prochaines décennies.

Faire bénéficier le nucléaire de la manne financière du Green Deal européen serait pourtant une absurdité qui porterait lourdement préjudice à la lutte pour la réduction de nos émissions. Vulnérable aux aléas climatiques extrêmes, cette énergie est également hors jeu face à l'urgence. Il est impossible de réduire drastiquement nos émissions en moins d'une décennie, comme le recommande le GIEC, en misant sur une technologie chère, lente à se développer et sujette à d'importants retards, comme l'illustre le chantier de l'EPR de Flamanville. Tout euro fléché vers le nucléaire ferait alors cruellement défaut au développement de vraies solutions et à la nécessaire transformation de nos systèmes de production et de consommation.


Ce matin 13/03/2021 le collectif STOP TRICASTIN a mené une action de sensibilisation aux risques du nucléaire pour la population vivant autour de la centrale du Tricastin (villes dans le PPI de 20km).

https://www.facebook.com/1420846714727823/posts/2499262650219552/?d=n


UN FUKUSHIMA EST IL POSSIBLE EN FRANCE ?

            PUBLIÉ LE 11 MARS 2021

FUKSHIMA A MONTRÉ QU'UN FORT SEISME POUVAIT DÉCLENCHER UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE. 

Or nous sommes dans une zone sismique, la digue du canal de Donzére-Mondragon qui refroidit les réacteurs est en terre, elle a résisté en 2019 à un tremblement de terre de force 5,4 sur l'échelle de Richter , mais qui nous dit qu'elle résisterait à un nouveau séisme de force 7 ?

La centrale est en contre-bas du canal, à 6m en dessous du plan d'eau, en cas de rupture de la digue c 'est 2000m3/S qui débouleraient sur la centrale , les 4 réacteurs seraient noyés et nous serions potentiellement dans la même situation qu'à FUKUSHIMA avec une fonte des coeurs...

Notre action du 10 /02/2021 à la mairie de Saint Paul trois Chateaux   pour demander la fermeture du réacteur n°3 du Tricastin qui avait atteint 40 ans ce jour là.

Il y a 40 ans exactement , le 10 février 1981, que le réacteur N°3 du Tricastin a été raccordé au réseau.

Nous étions ce matin une vingtaine de militants devant la mairie de Saint Paul les 3 chateaux ,commune sur laquelle est implantée la centrale du Tricastin, pour demander la non prolongation de ce réacteur au delà de 40 ans comme nous l'avons déja fait pour les réacteurs 1 et 2 .

Ces dix derniéres années , entre 2010 et 2020, 34 incidents ont été déclarés par EDF à l'ASN pour ce réacteur , dont deux de niveau 2 ce qui est loin d'être anodin et montre bien que le niveau de sureté laisse à désirer .

À quel moment un incident se transforme en accident ?

Nous avons rappelé que nous sommes en zone sismique , que la digue du canal de Donzére -Mondragon qui refroidit les réacteurs est en terre , qu'elle a résisté à un tremblement de terre de force 5,4 sur l'échelle de Richter mais qui nous dit qu'elle résisterait à un nouveau seisme de force 7 ?

Nous ignorons  quel état elle est aujourd'hui. Personne ne le sait vraiment, des études sont en cours par L'IRSN et le CNRS...

Comme le niveau de l'eau est 6m plus haut que la base de la centrale, en cas de rupture de la digue les 4 réacteurs seraient noyés et nous serions potentiellement dans la même situation qu'à Fukushima...

Nous savons que beaucoup d'habitants de la région et de Saint paul vivent du nucléaire et de ses retombées économiques , mais après le passage d'un nuage radio actif au dessus de leurs têtes , ils n'auront plus rien . Ils seront évacués en ayant tout perdu: emplois, maisons, terrains car il n'y aura pas de retour à la normale et personne pour les indemniser.

Le maire de Saint Paul 3 Chateaux alerté par le bruit quand nous avons crié sous ses fenêtres " Tricastin, 40 ans ça suffit" a reçu  une délégation de 3 personnes du collectif. Entretien courtois d'une demie heure...

Aprés avoir exposé nos motifs pour l'arrét des réacteurs, nous lui avons proposé de commencer à réfléchir à la reconversion des travailleurs de la centrale en mettant autour de la table toutes les parties prenantes, les syndicats, l'état, les collectivités , la région et les écologistes.Afin d'éviter l'impréparation observée lors de la fermeture de Fessenheim.

EPR, NI À TRICASTIN, NI AILLEURS

Récemment 33 élus locaux, notamment de Drôme et d Ardéche , tous bords politiques confondus ont adressé une lettre au président d'EDF pour réclamer l implantation de deux réacteurs EPR 2 sur le site du Tricastin. Nous avons souhaité dans une tribune envoyée à la presse répondre point par point à ces élus qui veulent prolonger l'aventure nucléaire sur notre territoire :

Les 1 900 000 personnes qui vivent dans un rayon de 90 km autour de la centrale du Tricastin ne sont pas tous favorables, loin de là, à la poursuite et au développement de l énergie nucléaire dans notre région , dans le sondage BVA /ORANO évoqué dans la lettre des élus 29% des sondés autour de Tricastin estiment que la centrale est un handicap pour la région. Et rappelons que notre pétition pour la fermeture du réacteur numéro 1 du Tricastin a recueilli plus de 41 000 signatures dont 1024 en Drôme et 987 en Ardéche.

En regard des « atouts » évoqués il y a aussi des incertitudes et des risques :

Il n est pas raisonnable d implanter de nouveaux réacteurs dans une zone sismique active ( qui peut garantir qu un nouveau tremblement de terre n'aura pas lieu un jour , plus puissant et plus proche de la centrale que celui du 11/11/2019 d'une magnitude de 5,4 ) avec une digue en terre qui a été consolidée une premiére fois en urgence en 2017 et qui doit l être encore avant fin 2022 à la demande de l ASN .

Suite au séisme du Teil, l'IRSN étudie la nécessité de revoir les référentiels sismiques à la hausseet les sismologues du CNRS envisagent même d'actualiser leur évaluation des risques sismiques en France car le séisme du Teil s'est produit sur une faille qui était classée comme "inactive".

On ne pourra donc se prononcer sur la centrale du Tricastin que lorsque l'IRSN et le CNRS auront terminé leur évaluation du séisme de référence à prendre en compte, tout en sachant, Fukushima nous l'a montré, qu'un séisme nettement supérieur au séisme historique est toujours possible lorsque le site de la centrale se trouve en zone sismique..



La rupture de la digue, du fait de la hauteur du canal par rapport à la base de la centrale (6m) restera en tout état de cause une menace permanente sur la sûreté du site du Tricastin.

Ces nouveaux réacteurs produiront à leur tour des déchets radio actifs dont on ne sait que faire et que personne ne veut , leur gestion et le coût de celle ci reposera sur les générations futures.Notre région bénéficie d un potentiel exceptionnel en matière d'énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, hydraulique et géothermie) et une grande partie des travailleurs du nucléaire pourraient utiliser leurs compétences et leur savoir faire dans le développement de nouvelles filières énergétiques permettant de fournir de l électricité décarbonnée et d accroitre notre indépendance énergétique.

Nous n avons donc pas besoin de ces EPR 2, pari technologique hasardeux sur laquelle la Cour des Comptes émet des doutes dans son rapport publié en juillet 2020 estimant qu'il ne peut être établi avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d'EPR de type Flamanville se matérialiseront et que l'enjeu financier lié à ces nouveaux réacteurs nucléaires est "majeur", évaluant à 12 milliards d'euros le coût de construction de chaque paire d'EPR2.

Or EDF, très endettée, ne pourra pas financer seule la construction de ces nouveaux réacteurs , qui va payer : le consommateur ou le contribuable ?

Plutôt que de s'associer à la fuite en avant d'EDF , nos élus feraient bien mieux de travailler à une véritable transition énergétique pour faire de notre territoire , un territoire modèle en la matière. 

      LE NUCLÉAIRE PEUT IL SAUVER LE CLIMAT ?

LA SURETÉ DE LA CENTRALE DU TRICASTIN A L'AUBE      DE SA QUATRIÉME VISITE DECENNALE

Par Bernard Laponche, ancien ingénieur du CEA, physicien nucléaire  Janvier 2020

RESUMÉ

Les 32 réacteurs nucléaires de 900 MW de puissance électrique qui équipent 8 des 18 centrales en fonctionnement d'EDF vont atteindre 40 ans de durée de fonctionnement sur la période 2019-2027 et auraient dû, selon les prévisions du début des années 2000, connaître alors leur arrêt définitif. Mais EDF a annoncé en 2008 son intention de prolonger cette durée de 10 ans, voire 20 ans.

Le contrôle approfondi de la sûreté des réacteurs par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) se fait par les visites décennales dont le résultat lui permet d'autoriser ou non la poursuite du fonctionnement de chaque réacteur. La quatrième visite décennale revêt une importance particulière car l'autorisation de la poursuite au-delà de 40 ans ne sera possible que si chaque réacteur respecte les exigences de l'ASN : assurer la conformité du réacteur au référentiel de sûreté, assurer la mise en œuvre complète des mesures « post-Fukushima » définies après la troisième visite décennale et apporter des améliorations au dispositif de sûreté afin de le rapprocher de celui de l'EPR.

Par rapport à ces enjeux, la présente note étudie le cas de la centrale du Tricastin dont le réacteur n°1 a été le premier à effectuer sa quatrième visite décennale (VD4) de juillet à décembre 2019.

Afin de permettre un jugement sur « l'état de santé » des réacteurs du Tricastin avant le « saut dans l'inconnu » que représenterait la poursuite du fonctionnement au-delà de 40 ans, la note dresse un inventaire des incidents de niveau 1 et 2 sur l'échelle INES advenus sur la période 2010-2020 et procède à leur analyse : 84 incidents ont été recensés, dont 2 de niveau 2, avec une pointe de 15 incidents en 2019. Un incident de niveau 2 est grave car il peut aboutir à une fusion du cœur et par conséquent à un accident grave ou majeur. La prise en compte du fait que certains incidents sont communs à plusieurs réacteurs porte le décompte total à 147 couples « incident-réacteur », dont l'incident de niveau 2 de 2011 pour les réacteurs 3 et 4 et celui de 2017 pour les 4 réacteurs. Le réacteur le plus touché est Tricastin 1, avec 43 incidents.

Les incidents sont de natures diverses et sont classés en cinq catégories : exploitation, maintenance, incident de radioactivité pour des travailleurs, équipements défaillants sans agression extérieure et équipements défaillants en cas de séisme. Les incidents d'exploitation sont les plus nombreux, chacun relatif à un seul réacteur et d'une régularité inquiétante, 3,5 en moyenne chaque année, la cause étant très généralement le non respect des règles d'exploitation. Viennent ensuite les incidents sans agression extérieure, les incidents de maintenance, de radioactivité et de défaillance d'équipements.

La note met en évidence l'importance particulière pour la centrale du Tricastin du risque d'accident en cas de séisme, révélé par des incidents répétés touchant un large éventail de dispositifs vitaux pour la sûreté des réacteurs : défaillance des diesels de secours (incident de niveau 2 en 2011 sur les réacteurs 3 et 4), de vannes, pompes, tuyauteries, ancrages, alimentation en eau et en électricité et même des matériels de contrôle-commande. En septembre 2017, un incident particulièrement grave de niveau 2, le risque de rupture de la digue du canal de Donzère-Mondragon, a conduit l'ASN à imposer l'arrêt des 4 réacteurs, le temps de réaliser les travaux nécessaires. L'ASN a imposé à EDF en septembre 2019 de nouveaux travaux de renforcement de la digue.

Les risques liés au séisme constituent une vulnérabilité inacceptable de la centrale du Tricastin d'autant plus que depuis le séisme du Teil en novembre 2019, de fortes incertitudes pèsent sur le niveau du séisme de référence sur lequel élaborer les exigences de sûreté.

La conjonction d'un mauvais état des réacteurs confirmé par l'analyse des incidents sur les dix dernières années, de la complexité technique et organisationnelle des quatrièmes visites décennales et d'un risque sismique majeur conduit à la conclusion que la centrale du Tricastin devrait être arrêtée après 40 ans de fonctionnement.

Pour lire l'étude complète, cliquez sur ce lien:  


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