Dans le monde, l'éolien et le solaire            dépassent le nucléaire

En 2021, les énergies solaire et éolienne ont continué à distancer le nucléaire mondial, selon un rapport de référence. Pour la première fois, elles dépassent la part d'énergie nucléaire produite.

« Les énergies renouvelables marginalisent l'énergie nucléaire. » Voilà l'une des principales conclusions présentées dans la dernière mouture du World Nuclear Industry Status Report 2022 (WNISR), confirmant une tendance déjà soulignée en 2021. La dernière édition de ce rapport de référence, qui décrit chaque année l'état de l'énergie nucléaire dans le monde, a été présentée le 5 octobre, lors d'une conférence de presse où les énergies renouvelables ont été qualifiées comme étant « la solution ».

Le rapport paraît dans un contexte bien particulier : la crise énergétique induite par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le 24 février dernier. Les auteurs ont ainsi décidé, pour la première fois, d'inclure à leur travail un chapitre intitulé « Énergie nucléaire et guerre ». Celui-ci n'est guère réjouissant : alors que la centrale nucléaire de Zaporijjia(Ukraine), la plus puissante d'Europe, a partiellement continué à fonctionner jusqu'au 11 septembre malgré son occupation par les troupes russes, et que Vladimir Poutine a revendiqué son annexion le 5 octobre, les auteurs rappellent qu'aucune « centrale nucléaire au monde n'a été conçue pour opérer dans des conditions de guerre ». En outre, le rapport souligne que « les centrales nucléaires peuvent libérer de grandes quantités de substances radioactives en cas d'accident » et que « la destruction en temps de guerre entraînerait des conséquences similaires ». Sans compter le fait que « chaque centrale nucléaire génère, lors de son fonctionnement, du plutonium utilisable en tant qu'arme [nucléaire] ».

Reste qu'en 2021, seulement 9,8 % de l'électricité produite dans le monde a été issue de réacteurs nucléaires. Une première : depuis quarante ans, jamais la part d'électricité nucléaire produite à échelle mondiale n'avait été si petite dans le mix énergétique global. Autre fait inédit, qui lui est directement corollaire : en 2021, plus de 10 % de l'électricité mondiale a été fournie conjointement par des infrastructures solaires et éoliennes, la contribution au mix énergétique de ces énergies renouvelables non hydrauliques dépassant pour la première fois celle du nucléaire.

Investissements records

Certes, le rapport note que la production nucléaire mondiale a légèrement augmenté en 2021 par rapport à 2020 (+3,9 %, ne dépassant pas le niveau de production de 2019). Insuffisant malgré tout pour dépasser la croissance des énergies renouvelables non hydrauliques, qui ont bénéficié d'un investissement record de 366 milliards de dollars en 2021 (contre environ 26 milliards de dollars pour le nucléaire). Cela s'explique par les faibles coûts des énergies solaire et éolienne et a fortiori par la piètre compétitivité du nucléaire. Entre 2009 et 2021, les coûts du nucléaire ont en effet augmenté de 36 % (+3 points par rapport à 2020), tandis que ceux du solaire et de l'éolien ont respectivement baissé de 90 % et de 72 %.

Il y a par ailleurs moins de réacteurs nucléaires en fonctionnement qu'il y a un an : à la mi-2022, 411 d'entre eux étaient exploités dans trente-trois pays, soit quatre de moins qu'une année auparavant. Un chiffre différent de celui de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui comptabilise 437 réacteurs en service ; pour le WNISR, l'AIEA inclut à tort dans ses statistiques « 23 réacteurs qui n'ont pas généré de l'énergie depuis 2010-2013 ».

Ainsi, entre 2002 et 2021, il y a eu 105 fermetures pour 98 lancements de nouveaux réacteurs. Ces constructions sont majoritairement le fait de la Chine, deuxième producteur mondial d'électricité nucléaire - en 2021, les énergies renouvelables ont eu toutefois dans le pays une croissance plus élevée que celle du nucléaire. De leur côté, en 2021, les États-Unis - premier producteur mondial d'électricité nucléaire - n'avaient jamais eu une part si faible d'électricité nucléaire dans leur mix énergétique, et ce depuis 1995.

D'autres réacteurs sont complètement à l'arrêt, comme c'est le cas en France. Le 5 septembre, 32 réacteurs (sur les 56 réacteurs en service que compte l'Hexagone) étaient arrêtés : 16 pour maintenance ou maintenance courante, 2 pour économie de combustible, et 14 pour des contrôles relatifs au problème de corrosion sous contrainte. Par ailleurs, l'âge moyen des réacteurs nucléaires en France est de 37,1 années... quand, à l'échelle mondiale, le chiffre tombe à 31 ans - comme en 2020, on peut noter un faible renouvellement du parc de réacteurs, ainsi que des retards de construction pour 26 des 53 réacteurs qui étaient en chantier dans le monde en 2021.

«Le pire est à venir»

Bref, pour le WNISR, si l'an 2020 a été considéré comme « particulièrement difficile » pour le secteur nucléaire français, « le pire est à venir » pour 2022, malgré un léger rebond de la production d'électricité nucléaire en France en 2021 (+7,5 % par rapport à 2020). EDF, en proie à d'immenses difficultés financières, prévoit ainsi qu'en 2022 la production nucléaire atteindra seulement 280-300 térawatts-heures (TWh)... soit le chiffre le plus bas depuis 1990 (en 2021, la production était de 360,7 TWh).

« Tous ces nouveaux problèmes, qui touchent une industrie déjà éreintée, n'ont pas empêché le président français à prononcer le 10 février 2022 un discours saluant "la renaissance du nucléaire en France" », écrivent avec une pointe d'ironie les auteurs du rapport. Lequel souligne à quel point notre pays, avec son projet de loi d'accélération sur le nucléaire (construction de six nouveaux EPR2), est globalement à contre-courant de la tendance mondiale (en 2021, les réacteurs nucléaires ont fourni plus d'un tiers de leur électricité à seulement huit pays : la France, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie et l'Ukraine). Ainsi, en 2021, 69 % de l'électricité en France a été produite par des réacteurs nucléaires. C'est largement plus que la production aux niveaux mondial (9,8 % de l'électricité produite issue du nucléaire) et européen (25,3 %). 

Article de REPORTERRE le 6/10/2022

          Retour sur la Cligeet du 27 septembre 2022

Salle comble  à la réunion publique de la CLIGEET à Donzére portant sur les risques industriels du site du Tricastin, beaucoup de questions et des réponses plutôt standardisées

.Pas de probléme de corrosion sous containte sur le réacteur n°3 ce qui est rassurant, en revanche les vérifications sur les autres réacteurs n'auront lieu qu'en 2023 et 2024, EDF prend son temps...

Les travaux se poursuivent sur la réevaluation du risque sismique et le renforcement de la digue du canal demandé par l'ASN sera terminé à la fin de l'année 

.Nous n'avons pas eu d'information sur le début de l'Enquête Publique sur l'éventuelle prolongation du réacteur n°2 qui doit débuter vers la mi novembre.

À noter la présence de la nouvelle députée écologiste Marie Pochon venue s'informer des enjeux et des risques du site nucléaire situé dans sa circoncription et qui souhaite ouvrir un débat démocratique sur son avenir.

      Pas de relance du nucléaire sans un vrai débat démocratique

 Alors que le nucléaire français, longtemps promu comme filière d'excellence, est pointé du doigt, des élus écologistes de la Drôme et de l'Ardèche ont signé une tribune afin de réclamer « un vrai débat démocratique » sur l'avenir de cette énergie.

« Sobriété ». Le mot est posé, et imposé à nous toutes et tous, en cette rentrée 2022. La faute à la guerre aux frontières de l'Europe, à notre dépendance toujours plus forte aux énergies fossiles, à un manque de planification qui laisse encore 5 millions de passoires thermiques à la location.32 réacteurs sont aujourd'hui à l'arrêt dans le pays, sur 56. Nombre d'entre eux atteignant les quarante années pour lesquelles ils ont été bâtis, certains sont en maintenance décennale, d'autres à cause de fissures sur les circuits de secours permettant de refroidir les réacteurs. Alors on importe de l'électricité, on se fige devant des factures d'énergie ahurissantes, on se prépare aux coupures cet hiver.Dans cette situation, nous ne pouvons laisser de nouveau notre avenir énergétique s'écrire sans nous. 

Nous sommes à un point de rupture : crise écologique, hydrique, sanitaire, sociale, démocratique. Tout nous dit que c'est collectivement qu'il faudra aborder les temps à venir, collectivement qu'il faudra bâtir des solutions justes et durables, collectivement qu'il faudra s'assurer de notre sécurité, alimentaire, hydrique, et énergétique. 

L'avenir du nucléaire en France ne peut pas être décidé par quelques personnes, à la va vite.La situation du parc nucléaire français est critique. La chute du niveau de production de cette année est historique mais s'inscrit dans une tendance à la baisse entamée il y a plusieurs années. Les prix augmentent, et de plus en plus de réacteurs sont à l'arrêt, faisant du nucléaire une source d'énergie intermittente. Les conditions de travail, dans un système miné par la sous-traitance, ne sont pas à la hauteur de l'inflation.Par dessus tout, le parc nucléaire français est vieillissant et le risque d'incidents graves ou d'accidents s'accroît avec ces installations vétustes.

 A la centrale de Tricastin, un lanceur d'alerte ingénieur du nucléaire a déposé plainte cette année pour « mise en danger de la vie d'autrui », « non-déclaration d'incident ou d'accident » avec « risque d'atteinte à la sûreté ». La cuve du réacteur 1 de Tricastin est l'une des plus fissurées de France. En Ukraine, les habitant-es sont terrifié-es devant la possibilité d'une catastrophe. Dans des temps aussi incertains, nous devrons apprendre à vivre avec le risque, nous diton. Nous rétorquons que nous voulons être informées, débattre, et choisir - en conscience - du niveau de risque auquel nous sommes prêt-es à consentir pour assurer notre approvisionnement énergétique.Dans ce contexte, il devient indispensable de s'informer, de se former, de débattre. Alors que sont proposés comme seul horizon des EPR, ceux-là même qui ont pris plus de dix ans de retard à Flamanville avec un coût cinq fois plus élevé qu'annoncé, nous voulons que d'autres options soient aussi débattues. 

Nous voulons décider de notre avenir énergétique, parce que cela nous concerne, nous, limitrophes de la centrale, usagers de son énergie, bénéficiaires des aides d'EDF ou de ses emplois.Pourtant, malgré cette situation, les habitant-es à proximité directe de la centrale sont peu, mal, voire pas informé-es. Chaque année, la Commission locale d'information des grands équipements énergétiques du Tricastin (CLIGEET) organise une réunion publique qui concerne les 270 000 habitant- es des 76 communes du Plan particulier d'intervention (PPI), territoire dont le périmètre est de 20km autour de Tricastin. Ces réunions ne rassemblent généralement qu'environ 80 personnes.Nous avons l'occasion de faire de la réunion publique annuelle de la CLIGEET, le 27 septembre prochain à 19h à l'ancienne chocolaterie de Donzère, un événement d'échanges et de débats démocratique sur un sujet aussi central pour nos territoires et notre avenir.Nous appelons ce jour les organisateurs de la réunion à mettre tous les moyens à leur disposition pour que toutes les personnes habitant à proximité de la centrale et se sentant concernées par son avenir, viennent s'y informer et y poser des questions

.Nous appelons également l'ensemble des salarié-es et nos concitoyennes et concitoyens des territoires limitrophes à participer à cette réunion, qui pourra être le point de départ d'une réelle participation citoyenne de longue durée sur l'énergie nucléaire et son déploiement.Nous, élu-es de la Drôme, d'Ardèche, du Vaucluse et du Gard, voisin-es de la centrale du Tricastin, demandons un véritable débat sur l'avenir énergétique de nos territoires et de notre pays : une refondation démocratique s'impose, et nous y prendrons toute notre part.

Florence Cerbaï, conseillère régionale;Guillaume Vermorel, conseiller municipal d'Aubenas ; Philippe Berrard, maire de Montjoux ; Marie Pochon, députée de la Drôme ; Michèle Rivasi, députée européenne ; Christian Bussat, maire de Dieulefit ; Olivier Royer, conseiller régional ; David Buisson, conseiller régional ; Maud Grard, conseillère régionale.

Tribune publiée dans Le Crestois du 16 septembre 2022

L'arrêt du réacteur 3 de la centrale nucléaire du Tricastin est prolongé

                       Par Robin Charbonnier. -Le Dauphiné Libéré du 20 aout 2022 


Au sein de l'unité de production numéro 3 de la centrale nucléaire du Tricastin lors de la quatrième visite décennale. Photo Le DL/Stéphane MA

Arrêté depuis début mars, le réacteur 3 de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) ne va pas redémarrer début septembre contrairement au planning initial. Sollicité par Le Dauphiné libéré, EDF précise que, finalement, ce réacteur devrait de nouveau produire de l'électricité le 24 octobre.

Ce retard de près de deux mois s'explique par l'examen approfondi de la tuyauterie afin de savoir si elle est touchée ou non par le phénomène de corrosion sous contrainte. Il s'agit de microfissures qui ont été détectées sur des circuits de secours de plusieurs réacteurs en France, notamment à la centrale de Civaux dans la Vienne.

À Tricastin, un « échantillon » de tuyauterie a été prélevé pour être examiné dans un laboratoire spécialisé. Dans une note d'information datée du 27 juillet, EDF a indiqué que les réacteurs de 900 mégawatts, tels ceux de la centrale basée à Saint-Paul-Trois-Châteaux, n'étaient pas concernés, dans « l'état actuel des connaissances » de l'exploitant, par ces microfissures. Il s'agit désormais de remplacer la tuyauterie qui a été prélevée à Tricastin, d'où le prolongement de l'arrêt.

Outre ce contrôle spécifique, l'unité de production n° 3 a été examinée pendant des mois en détail lors de la quatrième visite décennale. Cet immense programme consiste à passer au peigne fin le bâtiment réacteur, dont la cuve et l'enceinte.

   EDF : derrière l'étatisation, l'effondrement financier

                       article du 8 juillet 2022 | Par Martine Orange dans  Médiapart

Bouclier tarifaire, arrêt de réacteurs nucléaires, nouveaux retards pour l'EPR : l'électricien public croule sous les surcharges financières. La prise de contrôle de l'intégralité du capital par l'État, annoncée le 6 juillet, sert à masquer cette dégradation sans précédent.

C'était un scénario catastrophe, jugé impossible par beaucoup il y a encore quelques années. Il est en passe de devenir réalité : EDF est au bord de l'effondrement financier. La situation est si inquiétante que le conseil social et économique central du groupe a déclenché un droit d'alerte à la mi-juin. « EDF ne passera pas l'année », a-t-il prévenu.

De son côté, l'agence de notation S&P s'apprêtait à dégrader à nouveau la notation de l'électricien public dans les semaines à venir. « C'est sans aucun doute un des éléments qui ont poussé le gouvernement à accélérer sur le dossier. Une nouvelle dégradation aurait compliqué le financement du groupe et compromis les projets nucléaires présidentiels », analyse un financier.

Dans son discours de politique générale, la première ministre, Élisabeth Borne, a annoncé mercredi 6 juillet l'étatisation de fait de l'électricien. Dans la foulée, Jean-Bernard Lévy a officialisé le fait qu'il abandonnait par anticipation son poste de PDG, sans avoir à assumer son bilan.

Même si beaucoup prévoyaient de graves difficultés pour EDF, personne sans doute n'imaginait qu'elles atteindraient une telle ampleur. Selon nos informations, le groupe anticipe un Ebidta (excédent brut d'exploitation) négatif à la fin de l'année, compte tenu d'une succession d'éléments exceptionnels.

La perte pourrait être de l'ordre de 10 à 15 milliards d'euros, selon certaines sources. L'endettement du groupe dépasserait 60 milliards d'euros et pourrait même atteindre 70 milliards à la fin de l'année (contre 48 fin 2021). Même si des cessions et des ajustements comptables peuvent venir un peu alléger la note, d'autres charges financières et provisions sont aussi à prendre en compte. À la moitié de l'année, EDF se prépare à afficher des milliards d'euros de pertes fin 2022.

Et ce ne sont que des estimations provisoires. La crise de l'énergie qui sévit en Europe depuis l'été 2021 et qui s'est aggravée depuis la guerre en Ukraine nourrit une flambée des prix de l'électricité, qui pourraient atteindre des niveaux stratosphériques si la menace de pénurie de gaz, qui sert de référence pour l'établissement des prix de l'électricité sur le marché de gros européen, se concrétise. EDF risque alors d'être touché de plein fouet.

« On a volontairement fait crever la bête », s'indigne Héloïse*, cadre du groupe, dénonçant pêle-mêle l'absurde déréglementation du marché de l'énergie au seul bénéfice de fournisseurs alternatifs qui n'apportent rien, l'arrogance et l'incompétence de l'État actionnaire, la médiocrité des présidents successifs. Sans aller aussi loin dans l'expression, beaucoup de salariés mais aussi de connaisseurs du monde de l'énergie partagent l'analyse.

« Tout ce qui arrive était prévisible, écrit à l'avance. Depuis plus de dix ans, on assiste à une succession de décisions communautaires, gouvernementales, qui ont mis à sac EDF. Avec la crise de l'énergie, la guerre en Ukraine, on découvre aujourd'hui l'ampleur du dogmatisme de la Commission européenne, de la croyance au marché : nous n'avons ni stratégie ni sécurité énergétique. Et EDF, qui était le champion européen, est à terre. Quel bilan ! », s'indigne un connaisseur du dossier.

Bouclier tarifaire : la politique du pire

Une accumulation de facteurs exceptionnels est venue faire dérailler le groupe. Mais certains auraient pu être évités, si le gouvernement avait fait d'autres choix. Sa responsabilité dans la façon dont il a conçu le bouclier tarifaire est totale.

Cyniquement, le gouvernement a demandé à EDF d'assumer l'essentiel du bouclier tarifaire, limitant la hausse des prix de l'électricité à 4 % à partir de février, en vue de protéger le pouvoir d'achat des ménages. Selon ce dispositif, l'accès à l'électricité nucléaire au coût historique (ARENH), qui est déjà une mesure sans équivalent pour financer les concurrents du groupe public, a encore été élargi.

EDF, qui fournit déjà 100 TWh aux fournisseurs alternatifs, est obligé de leur céder 20 TWh supplémentaires au prix de 42 euros/MWh (prix fixé pour l'électricité nucléaire historique). N'ayant pas de production suffisante à disposition, le groupe se retrouve dans l'obligation d'acquérir cette production au prix fort sur le marché (300 euros le MWh actuellement) pour le revendre à perte à ses concurrents.

Lors de son annonce, la direction d'EDF avait chiffré le coût de cette mesure à 8 milliards d'euros d'impact négatif sur son Ebidta. Depuis, l'addition a été réévaluée : le coût estimé est de 10,2 milliards d'euros. Elle va encore s'alourdir : le gouvernement a annoncé la prolongation du bouclier tarifaire au moins jusqu'à la fin de l'année, en mettant toujours EDF à contribution.

« Tout cela aurait pu être évité si le gouvernement avait pris d'autres décisions. S'il avait décidé, comme l'a fait l'Espagne, de sortir du marché européen de l'électricité, s'il avait baissé la TVA sur l'énergie pour la ramener à 5,5 %, s'il avait retravaillé les tarifs de l'électricité, cela aurait été beaucoup plus efficace pour le maintien du pouvoir d'achat. Au lieu de cela, il a préféré qu'EDF continue à engraisser ses concurrents », dit Sébastien Menesplier, secrétaire général de la FNME-CGT.

La critique est d'autant plus justifiée que c'est à partir d'une méthodologie contestée, comme nous l'avons raconté, que tout cela a été élaboré. La commission de régulation de l'énergie (CRE) a établi fin janvier que les prix des tarifs réglementés de l'électricité devaient augmenter de 44 %, provoquant l'affolement du gouvernement puis la mise en place du bouclier tarifaire sur l'électricité. « Si la CRE avait décidé de changer de période de référence, de lisser l'évolution des prix sur une plus longue période, l'augmentation des prix de l'électricité aurait été au maximum de 10 %. Ce qui aurait pu être facilement supportable pour une grande partie des ménages. Mais la CRE a préféré la politique du pire, au détriment d'EDF et des finances publiques, et enrichir les traders », analyse un connaisseur du marché de l'électricité.

Dans son récent rapport sur le marché de l'électricité, la Cour des comptes ne dit pas autre chose, soulignant que la méthode employée par la CRE « aboutit à des niveaux de prix excédant largement les prix » de marché. Le gouvernement ne tient manifestement pas rigueur à la CRE de cette « erreur » : son président, Jean-François Carenco, a été promu ministre délégué aux outre-mer.

Arrêt de réacteurs : un accident industriel sans précédent

Si le coût du bouclier tarifaire est si élevé pour le groupe public, c'est qu'il doit en même temps faire face à un accident industriel sans précédent, dont le gouvernement n'a tenu aucun compte : neuf de ses réacteurs nucléaires sont à l'arrêt, à la suite de la découverte par l'Autorité de sûreté nucléaire de fissures et de corrosion sur les tuyauteries des réacteurs.

À ces arrêts imprévus s'ajoutent les chantiers de révision, de maintenance déjà programmés. Sur les 56 réacteurs installés, EDF ne peut compter que sur la production d'une petite trentaine depuis le début de l'année. Sa production nucléaire devrait tomber de 350-380 TWh à environ 280 à 300 TWh au mieux en 2022, le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy, ayant annoncé de possibles chutes de production encore au second semestre.

Les conséquences de cet accident industriel sont déjà immenses. À ce stade, le groupe les évalue à 18,5 milliards d'euros de pertes sur son Ebidta. Ce n'est qu'une estimation provisoire : EDF se trouvant désormais dépendant du marché électrique européen pour assurer une partie de ses approvisionnements.

Même si ces arrêts ont un caractère exceptionnel, ils n'en posent pas moins la question de la gestion du parc nucléaire français, des choix passés. La Belgique, qui exploite des réacteurs comparables, ne rencontre pas les mêmes problèmes que la France. Certains, jusqu'au gouvernement, sont tentés de l'expliquer par la grande rigueur de l'Autorité de sureté nucléaire.

Mais au sein du groupe, beaucoup mettent plutôt l'accent sur le changement de culture des directions successives, devenues beaucoup plus préoccupées par le rendement à court terme, les dividendes toujours plus élevés exigés par l'État actionnaire, les opérations financières censées être prestigieuses mais s'avérant ruineuses, plutôt que de produire de l'électricité dans les meilleures conditions. Cela s'est traduit par une chute des investissements à partir des années 2000, la suppression des maintenances préventives, le recours accru à la sous-traitance. Ces économies à court terme se paient au prix fort aujourd'hui.

« Il y a une paupérisation des compétences, une perte de la culture industrielle dans l'entreprise. Les anciens qui ont fait cette maison sont partis. Et la culture est partie avec eux. Ils n'ont pas été remplacés », ajoute un ancien responsable du groupe. « Ce n'est pas vrai qu'EDF a perdu ses savoir-faire industriels. Enfin pas partout. Il y a des directions, des divisions où ces préoccupations dominent. Au comité exécutif, au sommet, c'est autre chose », nuance Nicolas* , salarié du groupe.

Nouveaux retards à Hinkley Point

Cette perte de compétences, d'expertise se traduit sur les chantiers de l'EPR. Comme cela était prévisible et annoncé, Hinkley Point (au Royaume-Uni) suit les traces de Flamanville. Avant le lancement du projet, tout le groupe, des ingénieurs aux syndicats, en passant par certains directeurs, s'était mobilisé contre ce programme, jugé dangereux pour l'avenir. Le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, avait même démissionné avec fracas pour s'y opposer. Jean-Bernard Lévy avait décidé de passer outre et d'imposer ce contrat, voulu par Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie.

Toutes les craintes de l'époque étaient fondées : le chantier de Hinkley Point se révèle irréalisable dans les délais et les prix annoncés au moment de la signature du contrat. Alors que le réacteur devait entrer en fonctionnement fin 2022, début 2023, la direction d'EDF a annoncé de nouveaux retards. La mise en service de la première tranche est reportée à fin juin 2027. Au mieux. Ces nouveaux retards se traduisent par un surenchérissement de 3 milliards de livres (3,5 milliards d'euros). Estimé au départ à quelque 19 milliards de livres, le projet est chiffré désormais à 26 milliards de livres.

Des chiffres qui donnent le vertige à beaucoup. Alors qu'Emmanuel Macron annonce la construction de six EPR, et peut-être même de 14, tous redoutent de voir le groupe sombrer corps et biens dans un gouffre industriel et financier.

Il n'y aura pas de débat parlementaire sur la prise de contrôle de l'intégralité du capital d'EDF.

Alors que le groupe se débat face à des équations financières insolubles, beaucoup se demandent comment va s'écrire la suite. « Avec le contrôle total du capital par l'État, cela risque d'être encore pire », note Charles*, cadre chez EDF. C'est peu dire que l'annonce d'Élisabeth Borne du rachat des actionnaires minoritaires d'EDF et de la sortie du groupe de la bourse ne suscite guère d'enthousiasme chez les salariés de l'électricien. Beaucoup insistent pour parler d'étatisation et non de nationalisation du groupe.

Un mot que d'ailleurs Élisabeth Borne s'est bien gardée d'employer. « Il n'y a pas de transformation de statut. EDF reste une société anonyme (SA) et ne redevient pas un EPIC (établissement public industriel et commercial). Demain, ils pourront faire ce qu'ils veulent », constate Sébastien Menesplier.

Nucléaire : le retour de la pensée magique

« Je suis pour le maintien des actionnaires minoritaires au capital. C'est une protection pour EDF. Avec 100 % du capital, l'État va avoir les mains libres. Cela signifie moins de transparence, moins d'informations financières, encore moins d'autonomie et de marges de manœuvre pour diriger ce groupe », renchérit Nicolas*. Celui-ci redoute que l'État ne profite de l'affaiblissement d'EDF pour réimposer d'une façon ou d'une autre le projet Hercule, conduisant au démantèlement du groupe.

Beaucoup de salariés entretiennent la même crainte. Emmanuel Macron n'a jamais caché combien il tient à ce projet conçu dès 2016. Et le président n'a pas caché non plus son mécontentement après s'être heurté à une opposition forte à la fois au sein de l'entreprise et à la Commission européenne. Convaincu de la pertinence de « son projet » sans jamais l'avoir expliqué, même lors de la campagne présidentielle, il semble décidé à le reprendre.

À ce stade, le gouvernement, au-delà de l'étatisation d'EDF, n'a rien dit de ce qu'il entendait faire. Et manifestement il compte dévoiler ses cartes au dernier moment afin de prendre de court toutes les oppositions. « Il n'y aura pas de débat parlementaire sur la prise de contrôle de l'intégralité du capital d'EDF », a déjà prévenu le ministre des finances, Bruno Le Maire.

Au-delà de l'engagement financier que cela représente - le rachat des minoritaires d'EDF pourrait s'élever à 12,7 milliards d'euros -, comment le gouvernement peut-il envisager une seule seconde de ne pas s'expliquer sur ses intentions devant le Parlement, devant les Français ? L'électricité est un bien de première nécessité, un élément déterminant pour l'économie française. EDF n'est pas une entreprise d'État mais un service public au service de la nation, un bien commun partagé entre tous. Et le gouvernement n'aurait aucune explication à fournir, ni sur les échecs passés qui ont conduit à cet effondrement, ni sur ce qu'il entend faire à l'avenir ?

« Il serait temps qu'on donne la parole au public, qu'on le consulte sur ce qui se passe et ce qu'il veut, insiste François Carlier, directeur de l'association CLCV (Consommation, logement et cadre de vie). Depuis le milieu des années 1990, l'ouverture du marché de l'énergie s'est faite sans jamais l'interroger. On devine assez pourquoi : 75 % des gens sont encore inscrits aux tarifs réglementés de l'électricité. Cette consultation ne peut plus être différée. »

Le gouvernement espère encore feinter. Mais il ne pourra pas continuer très longtemps sans que le public ne lui demande des comptes. Certes, il peut encore espérer masquer l'effondrement d'EDF un moment, avec son opération capitalistique. Mais il ne le pourra plus quand viendra le temps des pénuries, des rationnements et des coupures.

Car nous en sommes là ! Dès cet été, il n'est pas assuré que la Corse ne souffre pas de coupures d'électricité. Cet hiver, la menace de coupures arbitraires pourrait toucher tout le territoire. Le gouvernement, d'ailleurs, s'y prépare. Selon nos informations, un décret est en cours de rédaction pour permettre des coupures d'électricité et mesures de délestage chez les particuliers, sans que celles-ci donnent lieu à indemnisation, à la différence de ce qui est fait pour les entreprises.

                Notre action au marché de Montélimar le 9 avril 2022                                La campagne électorale s’étant achevée hier soir , nous étions présents ce matin au marché de Montelimar pour dérouler notre campagne contre  la relance du nucléaire en l'abscence de marche pour le climat dans notre  ville.Plutôt bon accueil, environ 400 tracts acceptés , plusieurs personnes travaillant à Tricastin ou Cruas nous ont fait part de leurs inquiétudes..

         MARCHE POUR LE CLIMAT 

Nous étions présent à la marche pour le climat à Valence le 12 mars pour dénoncer l'arnaque de la relance du nucléaire « pour sauver le climat ».

Complément à l'Enquête Publique sur le réacteur 1 du Tricastin

         Notre collectif a interpellé la Préfète de la Drôme qui coordonne cette Enquête Publique

Madame la Préfète,

Madame Elodie Degiovanni Préfète de la Drôme Préfecture de la Drôme
3 Boulevard Vauban

26030 Valence Cedex 9

L'enquête publique portant sur la durée de fonctionnement au-delà de 40 ans du réacteur de la centrale nucléaire de Tricastin s'est déroulée du 13 janvier au 14 février 2022. L'information fournie au public afin que celui-ci puisse se prononcer sur l'opportunité de ce prolongement reposait sur le dossier de demande d'EDF et ses cinq documents, ainsi que sur les décisions de l'ASN et les avis de l'IRSN, notamment le n° 2021-205 du 15 décembre 2021.

Or, par sa note d'information du 3 février 2022, EDF a indiqué avoir constaté des défauts de corrosion et des fissures sur le circuit d'injection de sécurité (RIS) sur les autre réacteurs de 1450 MW de puissance électrique nette des centrales de Chooz B et Civaux, puis sur le réacteur de Penly 1 de 1300 MW. Ces cinq réacteurs sont actuellement arrêtés pour plusieurs mois afin d'effectuer des contrôles et d'éventuelles réparations. Les 20 réacteurs de 1300 MW seraient également touchés et doivent être vérifiés.

Cette liste des réacteurs arrêtés ou devant l'être dans les semaines et les mois qui viennent s'est ensuite allongée à des réacteurs de 900 MW dont Bugey 3, 4 et Chinon 3 et donc, très probablement, aux 32 réacteurs de 900 MW en fonctionnement, dont fait partie celui de Tricastin 1.

D'autre part, un problème semblable de corrosion sous tension et fissures touchant le circuit de refroidissement à l'arrêt (RRA) vient d'être également signalé par EDF et concernerait semble-t-il l'ensemble des réacteurs du parc.
Le réacteur Tricastin 1 est donc susceptible d'être soumis au même phénomène de « corrosion sous contrainte » sur les deux circuits RIS et RRA dont le bon fonctionnement est vital pour la sûreté du réacteur.

Cela signifie que le dossier de Tricastin 1 soumis à l'enquête publique ne correspond pas à l'état actuel de ce réacteur du point de vue de la sûreté nucléaire.
Par conséquent, la procédure de l'enquête publique, basée sur un dossier ne présentant pas la réalité de la situation de Tricastin 1 en termes de sûreté doit être annulée et ce réacteur doit être arrêté d'urgence afin de procéder aux contrôles qui s'imposent.

Nous vous remercions de votre attention et restons à votre disposition pour toute information complémentaire qui vous paraîtrait nécessaire.
Veuillez croire, Madame la préfète, en l'expression de nos salutations respectueuses.

Fait à Montélimar le 24 février 2022

Alain Volle
Président du Collectif Stop Tricastin 

stoptricastin@gmail.com
Tel : 06 85 12 40 62

Cc : Monsieur Bernard Brun , Président de la commission d'enquête 

        Madame Marie-Pierre Mouton , Présidente de la CLIGEET


L’institut suisse Biosphère a publié récemment, pour le compte de Greenpeace, une étude présentant les conséquences radiologiques en cas d'accident nucléaire majeur au Tricastin

L'institut suisse Biosphère a publié récemment, pour le compte de Greenpeace, une étude présentant les conséquences radiologiques en cas d'accident nucléaire majeur au Tricastin, en partant de données météorologiques des trois dernières années passées (le même exercice avait déjà été réalisé pour les centrales suisses et la centrale du Bugey voilà quelques années).

Selon les conditions météorologiques, les impacts seraient très contrastés. Mais en moyenne, près de 137 000 personnes pourraient être exposées à plus de 100 mSv lors du passage du panache. Dans 10% des situations, ce chiffre s'élèverait même à 275 000 mSv ! Et dans certains cas extrêmes, les habitant.es de plusieurs villes de la vallée du Rhône pourraient même être exposé.es à plus de 500 mSv, la valeur limite pour l'intervention des secouristes. Et si le seuil pour retourner vivre sur un territoire était fixé à 20mSv comme au Japon, en moyenne, il faudrait reloger 300 000 personnes.

Cette vidéo vous donnera un bon aperçu de ce que pourrait donner la dispersion du panache dans différentes configurations :


Tous les résultats sont accessibles sur le site de l'institut Biopshère pour qui veut se donner la peine d'aller y faire des recherches, avec de multiples cartes et tableaux de données sur les impacts sur différentes villes françaises et européennes.

Mardi 29 juin devant le Tribunal de Valence pour le procès pour les 34 activistes de GREENPEACE, nous sommes venus les remercier et les soutenir. 

Rendez-vous le 7 septembre pour le verdict !

ALBUM DE NOTRE MANIFESTATION  À MONTÉLIMAR POUR LES 40 ANS DE LA CENTRALE DU TRICASTIN

Le samedi 26 juin 2021 


Récemment 33 élus locaux, notamment de Drôme et d Ardéche , tous bords politiques confondus ont adressé une lettre au président d'EDF pour réclamer l implantation de deux réacteurs EPR 2 sur le site du Tricastin. Nous avons souhaité dans une tribune envoyée à la presse répondre point par point à ces élus qui veulent prolonger l'aventure nucléaire...

L'association Négawatt a présenté son scénario 2022 pour une France à la production électrique entièrement renouvelable et sans nucléaire d'ici 2050. Elle espère que ses propositions, urgentes à mettre en œuvre, seront reprises par les candidats à l'élection présidentielle.

Nous étions plus de 600 à manifester sous la pluie ce dimanche 3 octobre devant la centrale du Bugey où les problèmes sont les mêmes qu'au Tricastin.Objectif : refuser la prolongation des réacteurs de la centrale, et s'opposer par avance à la construction de nouveaux réacteurs EPR. Avec l'élection présidentielle en ligne de mire.

Cette action, symbolique et non-violente, s'était déroulée dans le cadre d'une campagne de sensibilisation aux dangers que représente pour la population le réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire. En présence de journalistes, les participants souhaitaient faire part de leur opposition à la prolongation de la durée de vie de ce réacteur au delà...